Les mots dits ...
... lettre interne de l'apc

sont en dormance

... Au sommaire des archives ...

* juil.05 :

Mythos 2005 avec Achille Grimaud, Colette Migné, et La dame au cabas,
croqués par Plume de bois, Marie Claude Mennereau et Michelle Grégy

 

* juin 04 :

Mythos 2004, Le OFF & le ON ... avec Dominique Kahn
Au pays des lignes à butin, des mots du Off au Nozdei de Myriame El Yamani et Xavier Lesèche, avec NINJA

* déc.03 :

- en préparant le boeuf en guenilles avec Lania
- Y a plus le coeur à la Clinique St Yves
- Ecrire, pour moi c'est ...

* juin 03 :

- 10 ans ça conte ..., témoignage
- Le globe-conteur : Le Québec par Alice
et l'Inde avec Martine
- Itinéraire d'un enfant gâté, témoignage
- Le OFF-Mythos 2003

* février-mars 03 :
- Mondoral, vivras-tu ? retour sur la rencontre de Vendôme , nov.02
- Je ne roule pas pour l'éducation nationale, un point de vue sur l'histoire de l'apc
- Racontez vos dernières vacances... ou Baden, un festival du Morbihan
- Au pays de Loudia, le conte en vadrouille dans les bibliothèques

* Deux nouveaux articles sélectionnés dans le numéro 38, du mois de novembre 02 :
- Dix ans d'apc, ça conte ,
- La nuit du conte en Acadie

* juin 02 :
Les Mythos, festival rennais, cuvée 02 : je l'ai vu, entendu, vécu et j'ai pas été décu ...
divers points de vue

* avr-mai 02 :
- L'apc en tournée dans l'Orne
- au Clio, de l'acrobatie sans fil à la prouesse retrospective ... un stage avec P. Quéré
- Pantoiseries Brestoises... à propos du festival

* déc-jan 02 :
- "Baco de Nantes", avec A.G. Gauducheau et D. Galland
- Galloween, un p'tit air d'chez nous
- un vrai conteur, une histoire d'impro ?

* oct-nov 01 :
Vassivière, cuvée 2001

* juil-août 01 :
- un apprenti conteur en stage avec C. Zarcate
- "Du rififi dans les labours", de et avec Jeanne Ferron

***

 

Où êtes-vous passé, monsieur Grimaud ?

On a retiré la scène de théâtre au Vieux St- Etienne et c'est heureux; Le choeur, comme par magie a repris une allure de vieilles pierres. On avait installé de grandes tentures de tissu noir pour cacher les colonnes et le mur du fond en maçonnerie brute, mais l'église ne trompait personne en se faisant passer pour un centre culturel. On a bien fait d'enlever tout ce fard calamiteux et la discrète beauté du décor naturel entraîne le spectateur dans une magie bien supérieure aux illusions du théâtre.

Achille Grimaud donnait son spectacle "Exit" dans cette prestigieuse restitution de l'authentique. L'affiche annonçait une naissance sous des symboles énigmatiques: un foetus d'adulte lové dans une gueule de seau à lait. L'image donnait à réfléchir mais le thème se prêtait bien à la résurrection du vieux sanctuaire.

L'histoire telle qu'Achille Grimaud la présente est une fameuse énigme. Dès le départ, on est entraîné dans la fabuleuse pérégrination d'un enfant qui quitte le ventre de sa mère avant d'arriver au monde. Et mon Dieu, qu'il lui arrive d'aventures avant de paraître. Qu'il y a de monde dans ce ventre-là, un véritable enfer : des hommes mous qui font corps avec la chair maternelle, d'autres plus durs qui rebutent. On dirait que toutes les forces matricielles s'unissent pour empêcher le pauvre enfant de naître.

Mais le paradoxe devient incompatible à l'heure de la naissance entre la possessivité de la mère et la liberté de l'enfant : il faut sortir, si bien qu'à la fin, le conteur affolé s'égare dans un labyrinthe de viandes et de chairs roses et s'essouffle à travers toutes sortes de boyaux et d'ascenseurs, de traversées de mamelles et de ciels oranges.

Le fil rouge de départ ne fonctionne pas toujours très bien dans cette histoire. La confusion nous entraîne à travers les méandres d'un récit qui se perd dans des images fantasques et dont on ne saisit pas forcément la clé. Ce n'est qu'à la fin qu'on comprend le fin mot de toute la métaphore : Achille Grimaud a démissionné de l'abattoir où il travaillait. Cette naissance abracadabrante était symbolique : c'est que ce n'est pas facile de devenir artiste ! d'un seul coup on comprend l'ingénieuse duplicité des motifs et toute l'aventure s'éclaire en différé. Il était temps que ça finisse.

Cette histoire en elle-même n'est pas méchante. Elle est un souriant clin d'oeil à ceux qui veulent bien comprendre qu'on ne trompe pas son destin pourvu qu'on en ait la volonté envers et contre tous. De belles images et de bons mots forment un beau bouquet de cette morale. Quant au spectacle, il est léché d'une langue vorace. Pas un geste, pas un mot, pas un brin de lumière qui ne soit laissé au hasard. L'intelligence du metteur en scène a mis sa marque jusqu'à utiliser la configuration de l'antique édifice en l'intégrant aux nécessité du texte. Quelques jets de lumière appliqués avec précision sur le sol ou sur les murs, vous balancent dans l'oeil l'image d'un long couloir d'angoisse, un quartier de banlieue déserte ou les allées morbides de l'abattoir.

Ici la technique est élevée au niveau d'un grand art et le conteur, emporté par la magie théâtrale de la régie, se métamorphose à vue pour jouer les fantômes de la peur et de l'angoisse. On ne peut s'empêcher de deviner en filigrane de scénographie, les trouvailles magistrales d'un Yannick Jaulin et l'on voit en même temps Achille Grimaud se placer dans la perspective d'une carrière de grand.

Vraiment, ce spectacle serait un véritable miracle parce que c'est parfait. Techniquement irréprochable. Evidemment tant de perfection impose une maîtrise parfaite de la scène. Le moindre défaut fait tache. Il y aurait peut-être quelques réglages des regards à peaufiner encore afin d'ajuster la distance des personnages, quelques cafouillages à gommer sur certains mots. Mais on ne va pas chipoter sur des postillons, là, c'est pinailler.

A 99 % de matière finie, on ne peut exiger plus de perfection. D'ailleurs le spectateur ne s'y trompe pas et il aura bien rappelé l'artiste trois ou quatre fois pour l'arracher de la coulisse à la fin du spectacle et l'abreuver d'ovations.

On peut regretter cependant l'absence du conteur. Rassurez-vous l'acteur est de belle prestance mais il lui manque la fantaisie d'une parole. Apparemment il est incarcéré dans un tel carcan de mise en scène qui lui ronge toute liberté de parole et de gestes, qu'on attend vainement de lui pendant une heure, le soulagement d'un sourire ou d'un clin d'oeil, un signe d'humanité. Ici l'académisme lisse toute la fantaisie créatrice. Les surprises de l'improvisation seraient circonscrites au travail en répétition et la scène, semble-t-il, est exclusivement réservée à la production. C'est un peu dommage. Au final, on emporte de tout ce brillant labeur, le souvenir d'une eau morte. Plume de Bois, avr.05

 

Instantané ...

Colette Migné, bien dans sa tête, bien dans son corps, bien dans sa robe façon Bardot des années 60, à carreaux orange et blancs, garnie de broderies anglaises, le "derrière" découpé de façon adéquate pour lui faire une assise douillette de broderies grises en volants superposés.

Elle la remplit bien sa robe. Le personnage est fripon à souhait. Elle nous raconte des histoires grivoises de zizi à roulettes, etc ...Puis nous dit à la fin, tout simplement, ... mais, c'est un conte de Maupassant! Marie Claude Mennereau, avr.05

 

La dame au cabas

Imaginez ...

un arrêt de bus rennais en verre, encadrant juste quelques piétons ... un banc dans un coin, de quoi offrir une halte à deux paires de fesses, peut-être trois.

Imaginez vous ...

descendant du bus, arrêt république, la tête squattée par quelques tracas quotidiens, le regard balayant ce qui est devant vous ... dos - chevelures - l'espace de la porte - les marches à descendre - l'abri bus - une dame sagement assise, cabas sur les genoux, deux autres l'observant l'oeil éclairé - un groupe d'ados derrière la vitre hésitant entre l'attente et l'aventure en ville.

Et là ...

vous vous arrêtez à quelques pas de l'abri-bus, reniflant quelque chose d'étrange : l'attente curieuse des gens.

Prudemment, vous vous approchez ; votre regard, vos oreilles sont guidés par les autres : direction la dame au cabas.

Rien d'extraordinaire cette dame, jupe noire plissée, veste de couleur, genoux honnètement serrés, habillés de collants de couleur chair, les pieds chaussés d'escarpins. La figure de la dame est plutôt avenante, coiffure sans doute modelée aux bigoudis ...

Le déclic ...

C'est lorsqu'elle ouvre d'un geste vif son cabas et qu'elle en sort un poireau !

"Alors coco, ça va ? " lui dit-elle avec amour en lui ébouriffant sa tignasse de racines.

Le coup de main sur la touffe du poireau vous renseignant immédiatement sur la sincérité de la dame ...

La suite ?

En un clin d'oeil, elle nous ravit l'esprit et l'embarque apprécier le 1er jour du monde, douter de l'honnêteté des hommes, s'exclaffer des sottises de Dédé ... un voyage impossible à raconter. Ce que je peux juste vous dire, c'est que lorsqu'elle m'a rendu à mon sort de passante rennaise , j'ai eu du mal à réinvestir mes jambes et à me trainer jusqu'au Magic Mirror ... j'étais déboussolée.

La dame au cabas, c'est une grand dame, une vraie, sans chichi. Michelle Grégy, avr.05

 

Du côté du OFF ...

Vous étiez 26 conteurs, adhérents à l'apc et non adhérents, de Rennes et de Bretagne, du Canada et d'Afrique, à venir offrir vos histoires au Nozdei, à l'Archipel, au Basilic' Instinct, dans les bibliothèques, à l'Encre de Bretagne, à la clinique St Yves, et dans le quartier de Villejean.

Que du beau monde, que des beaux contes. Je peux le dire, pour sûr, car je vous ai suivis presque partout : en Acadie avec sous-titres et trois mètres de neige, au Burkina Faso au son du djembé, en Orient avec Nasreddin Hodja et jusqu'en Asie sur le plateau d'un jeu de go ; j'ai couru avec des femmes joueuses dans un champ de bites sauvages et j'ai traîné dans des bars bretons hantés par des querelles de communes pour les uns, d'espérances de miracle pour les autres; j'ai même aperçu des pays qui ne sont pas dessinés sur la carte du monde, ce ceux qui, beaux et fragiles, ne vivent que par votre imaginaire. C'est vous dire si j'en ai vu du pays! J'ai marché sur tous vos chemins; la promenade m'a réjouit et fait grand bien.

& le Mythos On ?

Je n'ai pas eu le temps de beaucoup m'y arrêter. J'ai ressenti la même impression que l'année dernière où je découvrais et Rennes, et son festival de la parole. Pour une parisienne, c'est régalant de couvrir un festival à pied, de croiser et recroiser de nombreuses personnes qui vont au même rythme à travers la ville, l'oreille aux aguets... Il y a comme une gaieté légère, bleue, qui survole les vieux pavés et qui, contre toutes les fausses notes, imprime votre coeur ; un signe de piste, un petit caillou blanc ou peut-être bleu.

Que je mets dans ma poche soigneusement.

Les fausses notes 2004 ? un vol d'ordinateurs, l'incendie d'un manège, l'agression contre Hamed Bouzzine, place Ste-Anne qui l'a empêché de nous donner la deuxième présentation de ses "Fragments d'épopée Touareg". Je lui souhaite d'avoir quand même pu garder, au fond de sa poche,le petit caillou bleu, ou blanc.

D'autres petits couacs râleurs, de ci, de là.

N'empêche, fêter la parole et les mots, leur consacrer toute une semaine au plein coeur d'une ville reste un projet qui me plaît. Un courriel m'annonce que l'édition 2005 est programmée. Il y aura alors, sans doute, un Off 2005.

Peut-être que comme moi, cela va vous faire rêvasser, vous donner des idées, des envies ... évoluer, changer, innover, pour que ce Off Mythos 2005 soit encore un moment festif qui compte pour les conteurs et leurs auditeurs et pour notre association.

Alors là, faudra pas hésiter : se téléphoner, s'écrire, se "mailer" afin que toutes nos divagations se croisent, s'enrichissent et nous emmènent vers une édition 2005 très "fun".

Dominique

"Au pays des lignes à butin ..."

Ca commence avec un taxi et douze heures de route, jusqu'à Nigadou la Cachette ou P'tit Rocher en Acadie.

Ici, les bonnes femmes sont des grandes goules et le français, un maudit français, l'océan n'est qu'une mare d'eau, le chameau une caisse, la charrue un chasse-neige, etson maître, un grand "Jack" de six pieds cinq ...

Si t'es pas malchanceux, si t'as pas la guigne, la poisse, la scoumoune, tu y verras des maisons peinturées lilas et orangées, une église psychédélique, le "jamais sans toi", des mic-macs pas possible et des berlicocos , la boule de feu dans la baie des chaleurs, des lignes à butin, des tétines de souris et des mouettes qui crient bien plus fort que des muezzin.

N'en déplaise à qui tu sais, tu ne rencontreras pas de derviches tourneurs, pas de maharajah, pas de chasse au tigre à dos d'éléphant.

Non, ici on va giguer la morue, avec un capitaine au regard bleu-gris-vert comme la mer, sous la malédiction des sorcières quand il fait encore noir comme un nuage de corneilles, racontent les gossipeuses.

Et, ici, quand on sort le canapé, une bonne bière et un pot en attendant l'aurore boréale, je peux te le dire, ça danse là-haut : il y a la queue du castor, la face de l'orignal, la petite ourse et le chariot, et puis, celle qui nous flashe encore plus fort, l'étoile de notre amoureuse...

Des mots du Off au Nozdei avec Myriame El Yamani et Xavier Lesèche, NINJA

*En préparant "le boeuf en guenilles"avec Lania

Il était une fois Lania ... Il était une fois Luisa ...Vous ne les connaissez pas, croisez les doigt, elles repasseront par là et vous verrez Cuba !

Vous avez manqué le Festival Salsa Bretana, lecture-spectacle au centre cultruel à Cesson-Sévigné avec Lania, ne vous désolez pas, ce spectacle reviendra.

Un décor tout en suggestion ... des voilages légers, colorés, des livres posés cà et là couverts d'un papier fin ocré, quelques feuilles brunes, comme des feuilles de tabac négligemment enroulées, une très vieille bicyclette perdue là, qui attend son histoire ... au centre, un tableau : le beau visage de Luisa

Et commence un spectacle tout en couleurs, tout en saveurs. Lania est là ...

Luisa, la Cubaine, du haut de son tableau, la guide, la regarde, l'inspire.

Lania va d'un livre à l'autre, d'un objet à l'autre, elle lit et sa voix fait se lever les sensations, effleure l'émotion. Un petit rire vous chatouille, une pointe d'amertume sourd au plus profond de vous.

Et pftt ... Lania interroge Luisa.

Que manque-t-il encore à notre boeuf en guenilles ? les oignons, le piment et ... une autre histoire.

Et Lania lit, raconte, effleure, effeuille de ses longs doigts, livres et papiers.

Ses bracelets se dessinent avec grâce sur son bras tendu tandis que les mots esquissent, sussurent, évoquent et vous laissent le voir, le dire, le créer ... Quoi donc ? Votre Cuba ! C'est un plaisir de choix.

Vous quittez le spectacle avec l'envie de l'essayer ce boeuf en guenilles ! et puis ... et puis ... avec un insinuant, gourmand, gargantuesque appétit de lire la littérature cubaine.

Un petit conseil, n'achetez pas la cuisine cubaine. Vous seriez déçus par la recette du boeuf en guenilles, un peu trop simple, à mon goût. Prenez celle que Lania vous offrira, peut-être, à la fin du spectacle sur une belle feuille de tabac... N'y voyez aucun un encouragement à la contrebande.

Marie Odile

"Les odeurs, les savoirs, les couleurs, la chaleur, tout nous transporte au milieu de la vie cubaine nous raconte encore Elisabeth, une spectatrice.

La marmite se remplit peu à peu d'ingrédients pimentés et d'assaisonnements de textes signés Zoé Valdès, Régine Déforge, Jesus Dias, Ruben Diario et Mimi Barthélémy ...

Le souffle des mots nous invite à sentir la dureté de la vie quotidienne, celle de l'exil. Très vite, à la manière Cubaine, cette réalité est transformée par le mystère et l'envoûtement .. la mer, le sang, l'au-delà imprègnent l'atmosphère, le rêve aussi ..."

Bibliothèque de Cesson les 18 et 22 novembre 03 

* Y a plus le coeur à la Clinique St Yves

Il y a à la clinique St Yves, régulièrement tous les 15 jours, une séance de conte offerte aux malades par les conteurs de l'apc. Cette séance particulière, inspirée par la bonne intention d'apporter un sourire à des gens dont la sante les confronte à un bilan forcé de leur h istoire, est entièrement bénévole et les soeurs de la communauté accueillent avec reconnaissance ces soirées de détente dans une jolie salle ronde à grandes baies vitrées qu'on appelle "La Rotonde".

Guy est à l'initiative de cette opération généreuse et depuis 8 ans, il assure la permanence du calendrier avec une fidélité indéfectible pour sses frères de misère". Il se fait accompagner, selon les promotions d'ateliers, par les nouveaux conteurs qui souhaitent se produire devant un public accueillant.

Il s'agit naturellement de distraire des gens contraints aux règles strictes d'un séjour médicalisé en ouvrant dans cette rotonde qui s'y prête, une fenêtre sur des jardins fleuris et tout resplendissants de vie. Le public est sensible à ce dévouement de gens qui viennent pour leur soulagement et il le leur rend avec tant de sincérité émouvante. Il se prête volontiers à ce jeu de l'imaginaire en se laissant aller à rêver sous la conduite des histoires. Ils sont nombreux, après la séance à rester discuter et à traîner avec les mots qui leur trottent dans la tête qu'ils partagent avec les conteurs. Chaque fois, ce sont des témoignages qui frappent au coeur :

-Cela faisait longtemps que je n'avais tant ri ...

- C'est comme dans le temps, les histoires qu'on racontaient à la veillée ...

- Tenez, je vais vous chanter une chanson ...

Puis ils partent par les couloirs de la clinique vers de vastes horizons intérieurs qui'ls ramènent précautionneusement jusqu'à leur lit de souffrance , un large sourire aux lèvres.

Les soeurs reconnaissent l'impact thérapeutique que laissent sur le moral de leurs malades l'ambiance magique des contes. Et s'il pouvait paraître dérisoire de venir avec des blagues dans une institution aussi sérieuse que cette maison où les spécialistes de la santé luttent quotidiennement avec la mort, loin de les recevoir comme des clowns, les sourires qui saluent les conteurs dans les bureaux, accueillent avec eux, les spécialistes de la vie.

Généralement, les gens se déplacent facilement de leur chambre jusqu'à la rotonde pour venir écouter les contes après le dîner. La clinique toute entière unit ses forces de persuasion pour promouvoir ces soirées. Dès le matin les docteurs à la visite, les infirmières et le personnel de service rappellent que les conteurs seront là ce soir, et ce sont entre dix et vingt personnes qu viennent régulièrement découvrir un art qu'ils ne soupçonnait même pas. Sur quelques trente lits, cela représente un tiers de la population. Si Rennes en fournissait autant à l'Arbre Bleu, l'apc ne chercherait plus de subventions.

Or, depuis quelques temps, on assiste à un phénomène étrange qui plonge les soeurs dans un abîme de perplexité : les malades ne viennent plus aux contes; ils se confinent dans leur chambres, avec un livre ou devant la télé et ne se préoccupent plus du monde comme il tourne autour d'eux. Rien ne les motive pour aller au spectacle.

Pourtant c'est gratuit, il n'y a que le couloir à traverser, les conteurs sont là, à leur porte; ils ont traversé Rennes pour venir les voir, mais ils ne bougent pas. La convivialité n'emeut plus.

C'est ce qui est arrivé l'autre jour. Personne n'est venu. Guy a joué à la flute son air de Hamelin, espérant au moins que les enfants le reconnaîtraient, mais les petits ne sont pas allés dans les grands, ils dormaient déjà sans doute au coeur de leur angoisse et les portes ne se sont pas ouvertes. C'était un bide, le premier de Guy dans la clinique.

On avait déjà vu, comme signe avant-coureur, la salle peiner à se remplir, une ou deux personnes pour public, mais personne, non, ça n'était jamais arrivé ! Il faut croire que quelque chose se joue actuellement dans la conscience de nos contemporains et qu'il les réduit à un tel désespoir qu'ils ne peuvent plus s'autoriser à rire sérieusement.

Cependant, nous étions quatre conteurs, heureux de nous retrouver pour conter et convaincus qu'il n'est pas de mots, semés dans la résonance de l'espace qui ne puissent un jour germer dans une conscience humaine et ouvrir un champ de vision. Nous nous sommes mis en cercle et nous avons conté pour nous, comme à l'atelier, nous renvoyant comme une balle les sourires que nous recevions. Le temps a passé, sans même nous en apercevoir, les histoires ont filé, dans les couloirs, bondissant contre les murs. Un jour, quelqu'un les captera, les comprendra et les dira, sans savoir d'où elles lui viennent.

Vraiment, nous ne sommes pas venus pour rien ce soir-là ! Tout ça pour dire les mots dits, Plume de Bois

RDV à la Clinique St Yves, le mardi tous les 15jours à partir de 19h30 Tel : Guy au 02 99 57 76 07

*Ecrire, pour moi c'est ...

... C'est se taire. C'est-à-dire, arrêter cette parole fluide et "caméléon" qui s'adapte à toutes situations pour remplir, demander, esquiver, séduire. ... C'est un temps d'arrêt. Une coupure, une pause ! .. C'est dans un silence calme, laisser émerger une petite voix, plus timide, plus discrête que celle de la parole. Une petite voix qui cherche sa voie.Une voix qui peut être joueuse, triste, introspective ou insolente à ses heures, peu m'importe si elle est sincère. Si elle n'est pas sincère, alors, à quoi bon écrire.

Christine

..C'est un peu comme se perdre et se retrouver. S'endormir et se réveiller. ... Hélène

... C'est formuler des rêves, faire naître des histoires, exprimer ce que mon coeur ressent, donner de la chair à mes pensées. ... JCB

... C'est se trouver, mieux se connaître, descendre en profondeur, appréhender, analyser, prendre le temps .. de réflechir, de trouver les mots justes, précis, pour décrire notre monde intérieur. C'est un travail de précision. Mais c'est aussi savoir trier, synthétiser pour aller droit à l'essentiel, sans fioriture. .. C'est faire acte de sincérité, envers soi et envers les autres. Enfin, pour moi, ça fait travailler l'imaginaire alors, forcément, c'est vital. Maëlle.

... C'est difficile. Tous les mots doivent rester sur la ligne, il faut bien accrocher les lettres, mettre des majuscules, des s et des points-virgules. Ne pas faire de phrases trop longues, voilà ma terreur; j'écris comme je parle, alors je préfère les 3 petits points ... qui ressemblent à une respiration, à ce point brutal succédé d'une majuscule fière et hautaine !

.. C'est rigolo quand je me soucie plus des conventions et que les mots bout à bout font des phrases, des images et des idées, et que je suis un peu perdue dans cette jungle alphabétique, le m s'emmèle au c qui accroche au s qui serpente vers le t,tordu de rire qu'il est le t devant mon incréduliT.

...C'est surtout bien parce que ça passe le temps, le tant, le taon, Ah tant qu'il y aura des papillons épatants et pas des taons.

Hélène

... Et, de haut en bas, de gauche à droite, la page blanche devient alors d'un coup de crayon de bois une plage de voyageur immobile.

Les souvenirs sont là, les secrets aussi même les plus enfouis qu'on avait peine à imaginer. Certains sont si fugitifs qu'il faut vite les attraper par la hampe d'une lettre avant qu'ils ne retournent dans un gouffre sans fond.

En bas de la page, je reprend mon souffle et décortique lettre après lettre cette farandole.

Le gribouillage me cause, si fort des fois que je ne peux m'empêcher de le lire à haute voix : pour moi, j'écris tout haut.

JeaNine

Voilà quelques extraits choisis... Vous l'aurez compris, l'atelier d'écriture qui s'est mis en place le dernier jeudi de chaque mois à 20h au local, croise tranquillement, au large, comme au plus près du conte . Nous sommes partis dans le monde de la nuit, sujet cher aux conteurs puisqu'il les accompagnera tout au long de l'année 2004, dans les bibliothèques ornaises.
Si vous voulez y participer activement, tout est possible : d'autres créneaux d'atelier seront proposés, de mars à juin.
Mais d'ici là, n'hésitez pas à prendre votre plume sur le thème de la Nuit et/ou sur le "bleu", dans tous ses états

.... A vos bougie cauchemar étoile, fantôme, hibou, korrigan, loup, moustique, nuisette, oreiller, réverbère , somnanbule, vampire et autre ululement...

* 10 ans, ça conte ....!

10 ans, c'est bien. Ça me rappelle une expédition avec quelques conteurs de la Marmite pour une veillée contée à Rennes.

Ça se présentait mal, il faisait un vent à décorner les boeufs quand nous sommes arrivés à Rennes. Nous nous sommes installés à la terrasse d'une pizzeria, place des Lices. Deux minutes après, les parasols s'envolaient. Nous sommes passés à l'intérieur....

Il me semble que nous avons eu des difficultés pour trouver le lieu où se déroulait la veillée .. une maison de quartier ou quelque chose comme ça ...

Il y avait tout de même un petit public, et j'ai le souvenir d'un jeune homme à chapeau qui tirait les passages au sort. C'était plutôt sympathiqiue cette association de conteur naissante ...

Le temps a passé, il a dû y avoir les dix ans de la Marmite aussi (association de conteurs nantais) et plus tard une rencontre d'amateurs à Dinan, dont s'occupait Jean Pierre.

Il y avait là, parmi tous ces conteurs venus des quatre coins de Bretagne, Marie Claire, et c'est elle qui m'a mis en liaison avec l'APC, mutation du groupe de conteurs rennais. ...

C'est comme ça que j'ai rencontré Xavier. C'est lui qui m'a donné l'occasion de conter dans les bistrots rennais deux années de suite, de participer à un atelier de conteurs à la Péniche, bougrement intéressant, qui est tombé à l'eau suite à la fuite des conteurs... et c'est dans ce dernier bistrot que j'ai rencontré Guy.

Voilà, tous ces gens là ont compté dans mon chemin de conteur. Ils m'ont apporté des choses qui ne se mesure pas, pas de la technique, non, pas des contrats non plus, pas des encouragements, non , des petites choses, des petits bouts d'humanité, vous savez, cette chose qui est au centre du conte. Pour tout ça, merci et longue vie à l'APC et à tous ses avatars à venir.

Jean Pierre Quirion.

* Le globe-conteur

C'est l'été, les vacances bientôt peut être, je vous invite donc à aller voir ailleurs ce qui se passe dans le conte.

pour Le Québec, Alice est certainement de bon conseil et voici ci-dessous tout plein d'adresses.

- le festival international des arts traditionnels du Québec tel : (00-1) 418 647 1598

site : http://pages.infinit.net/cvpv/fiat courriel : cvpv@videotron.ca

- Le festival interculturel du conte de Montréal : Marc Laberge: (00-1) 514 279 9545

site : www.festival-conte.qc.ca/archive.html courriel : videanth@sympatico.ca

- Beaumont Contes et Complaintes (Chaudière-Appalaches) tel : (418) 837 2658

site : http://contes.cjb.net courriel : bibl.l.lacoursière@sympatico.ca

- Le rendez-vous des Grandes Gueules (Trois Pistoles, Bas St-Laurent) Michel Leblond : (00-1) 418 857 3248

ou (00-1) 418 851 1662 site : www.conte-recit.qc.ca courriel : culturel@globetrotter.qc.ca

- Festival des Contes et Légendes de la Pierre Angulaire (St-Elie, Mauricie)

site : www.pierre-angulaire.qc.ca

- De bouche à oreille (Montréal) André Lémelin : (00-1) 514 522 0120

site : www.festivaldeconte.com

- Les jours sont contés en Estrie (Sherbrooke, Estrie) Pétronella Van Dijk : (00-1) 819 829 2632

site : www.productionslittorale.com courriel : littorale@sympatico.ca

- Le Sergent Recruteur (Montréal) Jean Marc Massie : (00-1) 514 287 1412

site : www.diablevert.qc.ca courriel : jmmassie@arobas.net

- L'Intrus (Montréal) André Lemelin et Claudette L'Heureux : (00-1) 514 522 0120

site : www.mardis-gras.net courriel: info@mardi-gras.net

- Le café Rico (Montréal) Yves Robitaille : (00-1) 514 527 8066

- La petite Fadette (Ste-Hyacinthe, Montérégie) Anne-Marie Aubin : (00-1) 450 773 6022

- La petite Chartreuse (St-Alphonse de Rodriguez, Lanaudière) Christiane Merle: (00-1) 450 883 3961

site : www.petitechartreuse.com courriel: info@petitechartreuse.com

Voilà. Si une erreur s'est glissée dans ces adresses, merci de le signaler.

Martine Quentric nous écrit aussi de Pondichery -Inde, avec quelques plans, à vous de voir ...

Certains m'ont écrit pour me demander comment venir conter près de chez moi. Je réponds à tous : Les prix des compagnies fluctuent, faites une bonne enquête et danser la concurrence avant d'acheter un billet.

Attention : les vols vers l'Inde sont souvent pleins plusieurs mois à l'avance, prenez vos précautions.

Pour conter : si vous voulez être rémunérés sur des tarifs français, il faut vous adresser à des services comme l'Alliance Française (adresse à Paris) ou les services culturels du Ministère des Affaires Etrangères (d'abord via Paris ou alors via le service culturel à l'étranger de l'Ambassade du pays qui vous tente). Il faut un dossier complet, une estimation chiffrée, et des délais (compter entre un an et 18 mois de paperasses). C'est long mais cela peut ouvrir des portes qui ne se limitent pas à Pondichery et à l'Inde. Cela vaut la peine d'y penser pour ceux qui font "carrière".

Si là n'est pas votre propos, c'est plus facile. La question demeure : voulez-vous être rémunérés ou est-ce inimportant ?

Pour ce qui me concerne : je n'ai aucun budget par contre, j'offre (c'est certain) le logement et le couvert contre une soirée contes en français au Consulat.
Je peux peut-être trouver d'autres structures mais ce n'est pas garanti, dites-moi si vous pouvez conter en anglais.

Ne prévoyez surtout aucun conte "indien" dans votre répertoire à moins de connaître l'Inde et surtout la culture tamoule comme votre poche : les déformations trop grandes de leur culture les irritent au plus haut point.Les tamouls ont un côté "nous sommes indiens, oui mais !!!" qui peut grandement compliquer les relations avec les autres provinces et avec ceux qui, comme moi, ont des gestes, des habitudes, des "savoirs" venus d'ailleurs.

Alors à quand ? Martine

 

Itinéraire d'un enfant gâté

Cela faisait très longtemps que j'aimais le conte et que je trouvais magique ces gens qui, l'air de rien, sans falbala, sans artillerie lourde, étaient capables de m'emmener en voyage dans le temps et dans l'espace, de me faire voir, toucher du doigt de l'imaginaire, des fées, des loups, des korrigans, des pays merveilleux pleins du soleil de leur vie.

Des conteurs, il se trouve que par le fait d'un hasard heureux, j'en ai vu beaucoup, je dis bien, des conteurs, des gens transparents qui ne laissent voir que l'histoire qu'ils donnent au public.... et puis, (veuillez SVP gommer ce mot parasite ...) j'ai vu des conteurs à Monterfil : je crois bien qu'il y avait Claudine, Maria, Xavier et sûrement d'autres !

J'ai revu Xavier en randonnée contée, dans son pays de prédilection. Là, je me suis dit que moi aussi j'avais envie de raconter des histoires ; que si ces histoires m'avaient parlé, elles devaient continuer à le faire et parler à d'autres aussi ... j'ai osé demandé à L'APC : "Comment qu'on fait ? "

Une voix douce m'a répondu que les ateliers étaient complets ; la voix était si douce et si gentille que je n'ai pas désespéré et j'ai réitéré ma demande l'année suivante.

1er atelier avec Xavier : la trouille... mais comme il disait que lui aussi avait la trouille, ça m'a rassuré. premier jeu d'impro : j'y vais !

Et puis, (gommez SVP ce mot parasite ..) c'est Bernadette qui a encadré l'atelier.

Quelle chaleur, quelle douceur pour vous mettre en situation d'impro, dire quelque chose qui vient des tripes, devant tout le monde, comme ça, simplement, et puis (veuillez gommer ...), on rigole, parfois c'est un peu nerveux comme rire, mais ça détend et le groupe était tellement sympa, sans chichi... et Bernadette était là pour dire beaucoup en peu de mots, ce qui me faisait du bien, moi, qui n'est pas très causant (... ça n'empêche pas de penser !)

Et puis, (veuillez gommer ...) ça a continué ...

Un conte, c'est pour moi, comme un morceau de musique, il n'est jamais achevé et si nous racontons, c'est que nous avons quelque chose à dire qui chatouille les tripes;

Mais il ne faut pas oublier que si les contes ont traversé les années , c'est qu'ils portent en eux quelque chose d'essentiel, de fondamental, d'universel, et si nous choisissons telle histoire, c'est qu'elle touche personnellement.

Il faut peut être faire attention à rester fidèle à ce choix, ne pas choisir de raconter parce que ça va plaire. Nous ne sommes pas des marchands d'histoires, nous les donnons après nous les être appropriées .

Et puis (veuillez ...), où qu' ça mène t'y de vouloir faire des choses qui plaisent ou qui sont dans l'air du temps ?

Quelqu'un disait à la radio que le public attend quelque chose et que nous devions travailler dans ce sens ... D 'où ça vient ce truc là ? Qui est-ce qui a décidé que le public attendait quelque chose de particulier ?

Les gens, faut pas les prendre pour des cons, (dixit Michel Hindenoch), ils sont capables de se faire une opinion tout seuls, de s'émouvoir tout seuls, de comprendre les histoires que nous racontons sans que nous mettions un mode d'emploi .. ou une bonne dose de rire après avoir dit quelque chose de grave.

Le conte, c'est comme la vie, il y a du rire et aussi des larmes. Par contre, comme disait encore M.H., nous devons les emmener en dehors du prosaïque et le devoir de les ramener dans la salle sur leur siège...

A Gougaud, un journaliste a demandé un jour pourquoi il n'écrivait pas lui-même des histoires. Il a répondu que ce serait dur parce qu'il faudrait attendre 2000 ans pour savoir si elles marchent ... m'a raconté Bernadette .

Le public : ... En contant à l'apc, nous sommes ammenés à rencontrer toutes sortes de publics et c'est un enrichissement constant, une remise en question permanente. Mais, j'ai lu ça quelquepart, le public, a sa responsabilité aussi sur la façon dont ça se passe.
Si certains ont décidé de ne pas prendre le train, tu peux toujours courir devant avec tes histoires, tu resteras tout seul.
C'est sans doute pour cela que conter à l'Arbre Bleu est un moment si fort, si plein d'émotion, parce que le public est là prêt pour le voyage.

Et puis, (...) j'ai envie de dire pour finir, le conte ( je veux dire les histoires qui se transmettent depuis des générations et c'est pas par hasard) a une grande importance dans le monde où nous vivons, monde de zapping, de manipulation audio-télévisuelle, de consommation bien organisée, de compétition, de guerres, ... et je pense très sincèrement que tous les conteurs ont leur place, peut-être pas au soleil des Caraïbes mais dans le plaisir de donner des histoires pour ceux qui ne demandent que ça, tout simplement.

Voilà, livrés quelques sentiments, quelques impressions et beaucoup de remerciements à ceux et celles qui m'ont aidé à prendre la parole (ben oui, je suis timide comme gars), à raconter des histoires, à me remettre les pendules à l'heure (c'est toujours nécessaire).

J'ai été gâté par toutes ces rencontres faites à l'apc, mais moi, je n'ai que 5 ans d'apc, pas encore l'âge de raison. Peut-être que quand j'aurai 10 ans, je pourrai jouer dans la cour des grands, la cour des 10 ans, parce que ...10 ans, ça conte ... Rémy

A propos du off ... Mythos 03

"Chers z'ami-e-s ...

Bon, le off, cette année, c'était vraiment très TRES bien : AUCUNE anicroche ! (la seule gaffe de la semaine, c'est moi qui l'ai faite, mais comme j'ai honte, je vous la raconterai pas ici) Il y a eu du monde dans TOUS les lieux concernés : le Nozdei, l'Archipel, le Chapitre, et ce (presque) toute la semaine : en moyenne, une trentaine tous les midis à l'Archipel et une quarantaine (moyenne toujours), tous les soirs au Nozdei. Et quand c'était moins, c'était que du beau monde !

Alors, MERCI, Merci, merciiiiii tous et toutes ceux et celles qu'ont conté au off, gros bisou spécial aux ceusses qui m'ont dépannée au dernier moment pour combler les quelques défections imprévues, vous m'avez évité de belles angoisses et apporté bien du plaisir au public !Spéciale(s) dédicace(s) aux fous-furieux de l'écluserie. Continuez les gars et les filles, c'était chouette !

Merci aux patron(ne)s des lieux susdits, à Mythos aussi ... et gros merci à Paco, Xavier et l'équipe des joyeux preneurs de son !

Bon, bin, c'est pas le tout, mais j'ai un conte sur le feu. A plus tard et portez-vous bien ! Vive la parole liiiibreeee ! " Alice

 

* Mondoral vivras-tu ?

Mondoral, ou les premières journées d'études sur les pratiques artistiques orales et narratives contemporaines, Vendôme, nov. 2002.

Trente ans de parole dans le paysage culturel français ; les conteurs investissent le territoire collectent, content, animent, randonnent, créent, innovent, dans le domaine des arts de la parole. Ils sont amateurs, artistes conteurs, bibliothécaires, animateurs, administrateurs d'associations, acteurs de théâtre pour certains, programmateurs de festival, agent d'artiste, etc.

Tout ce beau monde s'est réuni pendant deux jours à Vendôme (belle ville au demeurant) pour phosphorer sur l'avenir du conte et son organisation comme art à part entière dans notre pays centralisateur et républicain. Mais comment organiser un art pratiqué par tous et qui à pourtant failli disparaître à jamais.

A quoi sert le conte dans notre société " moderne " ? Pourquoi revit-il aujourd'hui ? Quel rôle joue le conte ? Qui fait quoi ? Quel avenir ? Quelle place chacun prend dans cette affaire ? Autant de questions et bien d'autres encore pour lesquelles les réponses sont à construire.

En deux jours c'était déjà difficile compte tenu de la diversité des participants.

Si la première journée a permis de découvrir le parcours de certains pionniers et de replacer historiquement la reconquête de la parole contée dans notre société, elle n'aura pas approfondi suffisamment la notion artistique. En effet c'est trop par comparaison au monde du théatre plus particulièrement que le monde du conte tend à se définir.

Cette difficulté dans la définition artistique du conteur et son opposition, sa différence à l'acteur de théâtre peut provenir de la matière qui n'est pas neutre (chargée de sens et d'intemporel), de l'obligation pour le conteur d'un cheminement " initiatique " pour être habiter de la parole et de ce fait pouvoir parler au nom de cette parole .

On ne devient pas conteur comme on devient mécanicien. Encore que. Tout cela est affaire de passion, de don, ça-y-est le mot est lâché.

Alors tout le monde ne peut pas devenir conteur ? Et un conteur est-il un artiste ? Même s'il n'en fait pas métier ? Mais c'est quoi au fait un artiste ? Est-ce exclusivement quelqu'un qui en fait métier ?

et les autres, les "amateurs ", les "occasionnels " ne font-ils pas oeuvre artistique lorsqu-il conte en famille, ou autre lieu ?

A la fin de la première journée on est pas sorti totalement de ce débat existentiel.

Mon avis, le conteur est conteur tout simplement, tout bonnement. Qu'il soit " occasionnel " " amateur " ou " professionnel".

Dans tous les métiers, toutes les branches professionnelles on retrouve ces différentes catégories même chez les mécaniciens. Le mécanicien " occasionnel " réparera chez lui sa voiture avec ses outils, ses moyens, ses connaissances un peu empirique ; l'amateur utilisera un garage associatif se formera à la technique, réparera sa voiture mais aussi celle de ses amis pour les adhérents de son association et d'autres aussi; accessoirement il touchera quelques subsides pour le dédommager ; le professionnel aura un garage, des clients, du matériel plus ou moins sophistiqué, du personnel, un réseau de marque automobile pour vendre, un chiffre d'affaire, des factures, etc.

Le tout cohabite ensemble en plus ou moins bonne intelligence selon les périodes.

Pour le conteur c'est la même chose : l'un ne va pas sans l'autre ; les uns les autres sommes complémentaires.

C'est bien une branche professionnelle, une filière qu'il s'agit d'organiser et non une corporation, les corporatismes n'ont-ils pas mené à des impasses...

Voilà; ce que j'ai retenu de ces deux jours comme nécessité pour le conte et les conteurs à entreprendre dorénavant pour se faire reconnaître et pouvoir agir autrement sans querelle de clochers mais aussi différemment des autres arts.

Dans cette optique les associations, les animateurs, les conteurs, les agents de développement artistique .. ont à se regrouper et à travailler en complémentarité pour créer une " confédération " des contes, des conteurs et des métiers issus du conte.

Mondoral a de beaux jours devant lui.encore faut-il le vouloir !!!!

Des fois je suis traversé par le doute ... Jacky

* Non je ne roule pas pour l'éducation nationale ! ...

Même si la question "Comment apprend-on? a toujours été au coeur de mes préoccupations, je suis venue au conte oh! il y a très très longtemps ... J'appartiens à la préhistoire de l'apc.

Je suis venue pour le plaisir et surtout pas avec l'arrière pensée "d'utiliser", à des fins professionnelles, "un support pédagogique intéressant". Oui, pourquoi le cacher, j'appartiens à l'éducation nationale mais quand j'ai rejoins à Cleunay, Bertrand, Jacky, Jean-Luc et Michel, je l'ai caché. J'ai simplement dit :" j'ai très envie d'écouter des histoires et peut-être d'en raconter". Ils m'ont acceptée sans rien demander de plus. Plus tard, nous ont rejoints Marie José, Erique, Bernadette et quelques autres ... Nous avons joué, nous avons ri. Nous avons écouté, nous avons raconté, soutenus lors des soirées publiques, par un public familial de supporters.

Mais bien sûr, il a fallu, un jour prendre les choses plus au sérieux, imaginer une organisation, une structure qui nous permette de nous renouveler, d'étendre, de développer cette activité à laquelle nous avions trouvé un réel plaisir.

Jacky, Bertrand et Bernadette ont pris les choses en main, ont fondé l'apc.

Au coeur de la nouvelle organisation, dans des ateliers, dans des activités (Journées du Patrimoine) plus structurées, j'ai retrouvé et continué de goûter le même bonheur de découvrir d'autres voix, d'autres imaginaires ...

Ce plaisir là, me vient sans doute en partie de mon enfance normande. Quand j'étais petite, ma mère, pour les kermesses, pour les fêtes patronales me mettait ma robe blanche à col Claudine, en fin tissu satiné, mes chaussettes blanches, mes souliers vernis. Elle me coiffait comme pour tous les jours de fête, me faisant sur le sommet de la tête une coque sur laquelle elle posait le gros ruban blanc dont j'étais si fière.
Et j'allais à la fête !

Là, je me joignais à tous ceux qui faisaient cercle autour d'un conteur, perché sur son tonneau. Avec sa blouse, son chapeau, son foulard à carreaux, il racontait des histoires de pays qui déchaînaient les rires. Je me frayais un chemin jusqu'au bord du cercle et, les mains derrière le dos, le ventre en avant, je me délectais de l'hilarité générale. Je riais, je riais pour le plaisir de rire avec tous ceux qui se pressaient autour du conteur, ne comprenant pas encore ses bonnes blagues.

C'est peut-être à ce temps heureux que je dois d'être toujours restée bon public, plus encline à apprécier chaque voix, chaque recherche, qu'à exercer mon esprit critique vis à vis des "prestations" de tel ou tel conteur.

A douze ans mes professeurs m'ont demandé de choisir une devise qui pourrait orienter ma vie. J'ai choisi sans hésiter : "Tout aimer !"

Mes pédagogues se sont inquiétés, m'ont proposé : prendre tout en gré". Je n'ai pas vu le rapport, j'ai maintenu, malgré leurs craintes : "Tout aimer".

Et à l'apc, dans les ateliers, dans les spectacles, j'ai trouvé un lieu où ce choix de regard, ce choix de vie pouvait se donner libre cours.

J'aime toutes les voix, tous les imaginaires, tous les modes d'expression.

J'aime la première histoire du débutant dans un atelier qui entrouve pour nous la porte d'un monde inconnu, nous offre sa voix, une voix nouvelle. Il y a aussi chez ces nouveaux conteurs qui se lancent pour la première fois à" l'Arbre Bleu", une telle intensité, une telle jubilation parfois qu'ils nous touchent par leur foi, leurs maladresses mêmes et les pépites de lumière de leur univers.

Et puis j'aime les histoires de ceux qui sont en route depuis longtemps, qui cherchent, qui créent et qui parcourent audacieusement leur chemin par les voies les plus diverses. J'aime les histoires de tous les conteurs passés et à venir, d'ici, d'ailleurs, du monde entier... Qui suis-je ?

 

* Racontez vos dernières vacances...

Je vais juste vous parler de la 3ème semaine de juillet : c'est l'époque du festival "Passeurs d'histoires" à Baden, sur le Golfe du Morbihan. Michel Corrignan et sa bande organisent depuis 6 ans un festival de contes avec de vrais contes dedans.

Ces temps-ci on propose souvent des choses aux extraits de contes, avec surtout beaucoup de colorants. A la fin, le public applaudit aussi chaleureusement l'éclairagiste que le conteur et c'est justice : le public fait toujours preuve d'une sage clairvoyance.

Pour résumer l'esprit du festival de Baden, le plus simple est de citer Michel Corrignan (O-F du 1-2/06/02) : "Dans la programmation du festival, nous cherchons avant tout, quelle que soit la notoriété du conteur, un artiste qui nous donne une parole, en dehors d'effets de théâtralisation, de spectacle".

L'ambiance entre conteurs, ou entre conteurs et organisateurs, est marquée par ce même esprit de convivialité et de simplicité : le conteur d'un soir devient souvent spectateur les soirs suivants et, personne ne se pousse du col.

Aussi bien pour les conteurs que pour le public, l'organisation est parfaite sans jamais être pesante. Il faut dire qu'il y a une sacré équipe de bénévoles pour faire tourner toute cela.

Dès le 1er jour, le ton est donné par la cérémonie d'inauguration qui n'a justement rien de cérémonieux. Puis se succèdent les apéro-contes, les soirées, les séances pour le très jeune public, un stage et deux randonnées contées, le tout à des tarifs bien raisonnables. L'environnement offert par le golfe du Morbihan est idéal pour un festival d'été. Le public (ça compte aussi ...) est nombreux, a une bonne écoute et participe en toute simplicité quand le conteur le sollicite.Que dire de plus ? pas évident, sinon redire que nous n'avons qu'un regret,

c'est de n'avoir pas suivi les éditions précédentes, et que nous avons bien l'intention de suivre les suivantes. Anne Le Merdy

 

* Dans le pays de Loudia,

Il y a des enfants haut comme trois pommes, il y en a qui disent qu'ils sont haut comme trois crêpes ... mais non, ça c'est dans l'histoire de la toute toute petite bonne femme que JeaNine a raconté, même que dans sa toute toute petite maison elle vivait avec un grand grand monsieur, nous ont appris les enfants.

A moins que ce ne soit avec une toute toute petite poule rousse ?

Allez savoir, c'est à se mélanger les pinceaux ces enfants qui veulent dire les histoires à votre place ! On devrait peut-être leur mettre des baillons, comme ça au moins on pourrait raconter, tranquilles, nos histoires. On pourrait même, solution définitive, leur interdire les contes, comme ça on n'aurait plus le plaisir de les entendre inventer d'autres histoires dans nos histoires.

Il était une fois, une toute toute petite bonne femme. Dans sa toute toute petite maison, elle vivait avec un grand grand monsieur et avec une toute toute petite poule rousse.

Un jour, la toute toute petite poule rousse a fait un tout tout petit oeuf. La toute toute petite bonne femme a fait une toute toute petite omelette qu'elle a posée, fumante et brûlante, sur le rebord de la fenêtre. Alors une grosse mouche bleue accompagnée d'un kangourou tout nu qui sortait de son lit et qui avait oublié de mettre sa robe de chambre, sont apparus et ont avalé la toute toute petite omelette.

"Ah ça non ! " a dit la toute toute petite bonne femme et son grand grand mari a proposé une robe de chambre au kangourou.

Heureusement, passait par là le capitaine Yvonnick Le Pollotec. On lui a demandé conseil pour résoudre l'affaire, vu que le commissaire était parti chercher le pépé de la Josette pour arroser le petit chou qui voulait pas fleurir au fond du jardin. Le capitaine leur a répondu par un chant de marin avec des gros mots dedans !

Bon, l'affaire n'était pas réglée. Et pendant ce temps là ...

"Un marchand de savon s'est installé sur la place du village", a dit la grosse mouche bleue. Le marchand de savon, n'avait rien a dire, et pas grand chose à vendre, sauf un bout de savon à l'abricot que le kangourou a acheté parcequ'il sentait pas bon des pieds ...

Histoire inventée à partir de remarques d'enfants, et emberlificotée dans les histoires que nous avons racontées... L'histoire n'est toujours pas résolue, les enfants imaginent toujours (nous aussi) et c'est tant mieux.

"Mais dis-moi JeaNine, comment un petit diable peut tenir dans une noisette, c'est pas possible .. Tu pourrais me la montrer ta noisette ? " EH!Laine

Loudéac, ses enfants de la maternelle, ses bibliothèques : ce sont six rencontres auxquelles ont participé, Sophie Galisson pour l'organisation et l'accueil sur place, Hélène Mallet, Dominique Kahn et JeaNine Druesne accompagnées d'une multitude de personnages, tous plus ou moins farfelus ...

 

Olà! conteurs, parleurs, tchatcheurs et bonimenteurs ! Affutez vos accessoires, vos histoires et vos flûtiaux car bientôt ce sera fête à l'APC.
Le secret n'est plus tenu à l'ombre des coursives, et le bruit court partout comme une conspiration dans les chaumières, les salons, sur internet et vous le verrez sûrement dans la presse aussi : l'APC va prendre dix ans !
"J'ai neuf ans et demi, nous a-t-elle confié, mais pas pour longtemps!"
L'évènement est attendu pour le printemps et à ce qu'on dit, les festivités seront à la mesure du palmarès de ces belles années.
Mais n'anticipons pas...
De toute façon, "Les Mots Dits" aussi se mettent de la partie, et pendant ces mois d'avent qui nous restent à attendre l'anniversaire, ils raconteront l'histoire de l'association et rendront comme il se doit, hommage à ceux qui l'ont écrite.

Plume de Bois

* Du haut de ces contes, dix ans vous observent ...

En ce temps-là, il y avait un atelier contes à Cleunay. Il était animé par un objecteur de conscience qui purgeait à la MJC le tempsd'un service civil. Frédéric venait du théâtre et animait des séances d'improvisations, de jeux sur les mots, de mise en condition de la langue et d'assouplissement des membres. Ce n'était pas un travail spécialement centré sur le conte, il rentrait plutôt dans une dynamique de spectacle sans se prévaloir d'une identité de conteur, mais on y racontait tout de même des histoires.
Ce petit atelier regroupait ainsi des gens de sensibilité diverses, venus là suivant des itinéraires particuliers partager ensemble leur passion commune des histoires. Parmi eux se retrouvaient notamment, un certain Jacky Jubin, en formation d'animateur, Bertrand Avez, étudiant en médecine Bernadette Roche qui contait déjà pour l'association "Tout Conte Fait", Marie-Odile, professeur de français et Marie-José, infirmière.
Au cours de ces ateliers, ils ont reçu les bases d'un travail théâtral aux fins de mettre en scène de façon vivante, la parole qui les habitait. Ce furent là, les tous premiers embryons informels et innocents qui ont donné plus tard corps aux ateliers conte de l'apc.
Régulièrement, ils se produisaient en spectacle dans le cadre des programmes de la MJC. Quand ils montaient en scène, les conteurs arboraient de larges bretelles (dénomination dont on retrouve trace encore aujourd'hui pour désigner les ateliers débutants qu'encadre un formateur à l'apc ...)
Le principe de ces soirées était tout à fait original et ouvert, on payait son entrée soit d'une pièce de 10 f (monnaie d'époque à peu près équivalent à 1,5 E) soit d'un conte. Ainsi le public contait avec les conteurs et cela créait une émulation extraordinaire autour du conte qui remplissait la salle à chaque fois.
Lorsque Frédéric eut fini son temps, il est parti, mais les copains qui avaient désormais partie liée avec les contes, n'envisageaient pas de s'en tenir là. Ils ont décidé de continuer ensemble l'aventure pour ne pas perdre ce plaisir qu'ils avaient découvert de conter. Mais il voulaient faire un pas de plus; conter entre eux leurs histoires pour eux seuls n'était pas pleinement satisfaisant. Et les progrès qu'ils avaient réalisés en atelier, leur donnaient une envie nouvelle de se produire en public dans des spectacles organisés autour du conte.
Ils se lancent et les demandes se multiplient. Pour régulariser une situation financière qui menace d'anarchie, Bernadette, Jacky et Bertrand, créent une association de loi 1901 qui leur permet de valider des contrats d'engagement et d'émettre des factures.
"On avait le vent en poupe, on voulait devenir artistes", sourit Bernadette au souvenir de ces heures héroïques. C'était en avril 1993, L'APC, association pour la Promotion du Conte venait de naître, Bertrand Avez en était le président. Jacky était alors en stage à la Roche aux Fées en formation DEFA. Il organisait des contes dans les écoles ; ce furent les premières interventions de l'apc
Dans l'enthousiasme des premières créations, la petite troupe entre en ébullition. Les idées jaillissent, des créations voient le jour, les spectacles se forment.
Pour répondre à une demande de plus en plus pressante, curieuse, avide, amusée, intéressée et dans un but plus lucratif, nos trois conteurs imaginent mille formes nouvelles de leurs spectacles.
Ils mettent en scène une cariole à La Roche aux Fées, imaginent un contre-conte de Cendrillon, mettent des histoires dans des ballons, s'emparent des arbres, des fleurs comme des outils alchimiques qui font d'une rêve une réalité. Dès lors, ils paraissent partout où il y a quelquechose à dire, dans les écoles, les bibliothèques, les maisons de retraite et animent des soirées publiques ...

Plume de bois, histoire à suivre

* La Nuit du Conte, en Acadie (Canada)

Nous sommes allés en Acadie, Xavier Lesèche, Michel Lefèvre et moi.
Nous avons été reçus avec une gentillesse et une efficacité extraordinaires. Un type d'accueil que je n'avais connu jusqu'ici, qu'en des pays dits "en voie de développement", de la part de ceux qui, n'ayant rien, n'ont rien à perdre, rien à défendre.
En Acadie, nous étions bien au 21è s. avec toutes ses facilités, pourtant l'accueil était généreux, magnifique : maisons et coeurs ouverts, offerts.
Par ailleurs, vous connaissez mon combat pour que les conteurs soient respectés, eh bien , là bas, ils l'étaient, tous.
Tout fut organisé pour que les dits conteurs se rencontrent, se connaissent. Le timing était suivi, les éclairages imaginatifs et respectueux, la sono correcte, les repas abondants et délicieux, les rencontres avec la presse bien planifiées. Enfin tout le monde était payé .. au même tarif ! Il n'y avait ni vedette, ,ni débutant,seulement des conteurs.
Devant des conteurs heureux, le public l'était aussi : le bonheur est contagieux !
Certes, tous n'ont pas tenu jusqu'aux lendemains matins, mais ils écoutaient si bien que nous étions portés.
Alors, si Myriame El Yamani vous propose de venir participer à la Nuit du Conte en Acadie : ACCEPTEZ, COURREZ-Y !

Martine Quentric Séguy.

Extraits du Mots Dits N° 38, nov. 02

Je l'ai vu, lu, entendu, je l'ai vécu aussi et j'ai pas été déçu ....

Les Mythos cuvée 2002... une belle occasion pour vous pousser à vos écritoires préférés . Evidemment, les avis sont partagés, selon le bout de lorgnette adopté. A vous de voir...

*"Les Contes du Cric", de Sylvain Cébron de Lisle & Xavier Damour ...
les impressions de Christophe

Saisi dès les premières minutes, accrochez-vous à votre siège, vous voilà aux frontières de l'irréel. Atmosphère nocturne garantie, vous passez allègrement du frisson au rire, de la dérision à l'émotion. Jeux d'éclairage saisissants où lumières et ombres vous transportent dans un univers surprenant. A cette heure avancée de la nuit, la frontière entre monde réel et imaginaire devient floue. Jean-Jacques va en faire l'expérience lors d'une crevaison en pleine nuit sur une de ces routes qui n'en finissent pas de se perdre dans la campagne.
- "Où est donc passé le cric ?". Parti pour toucher l' héritage d'un lointain ancêtre, le voilà obligé de passer la nuit dans sa voiture.
- "Et qui peut bien être ce lointain ancêtre? ... "Jean-Jacques en a-t-il seulement une idée... ? Entre ses souvenirs, ses rêves et son imaginaire, il nous transporte dans un monde irréel plus vrai que nature, tellement saisissant qu'on y croit, et c'est avec plaisir qu'on se laisse emporter.

Même sans cric... on craque, et les histoires sont dans le sac.

* Les rencontres de Lania ...

Parmi les conteurs, cela vous étonnera... certains ont même parlé.

- A Villejean : "Le conte : pour pénêtrer le temps, habiter l'espace".
- A la radio de Paco, c'est Muriel Bloch qui l'a dit : "la maîtrise c'est pas, surtout pas mon problème !" . Ça m'a plu !
- Dans la chapelle du conservatoire, Michel Hindenoch m'a enivrée avec : La parole, une invitée qui ne me dérange pas".
Et il a ajouté fort, très fort mais doucement :"On peut étouffer les gens avec ce que l'on produit".
Gérard Pottier pourrait se sentir concerné par cette dernière pensée. J'ai aimé sa prestation mais certains souvenirs sont remontés si violemment que j'ai compris celui qui disait : "Il fait sa thérapie en public!". C'est vrai que parfois, ça peut aider. Il n'en reste pas moins que tant d'énergie, c'est impressionnant. C'est à cette occasion que j'ai pris conscience de la réalité éblouissante du conte, en me surprenant à comparer les mythes à la chapelle et les histoires au Magic. Les premiers résonnent encore aujourd'hui.

* Le coup de sang de Martine

Amies conteuses, amis conteurs, réjouissez-vous : le conte renaît, le conte fleurit. Grâce à votre passion, votre dévouement, votre "amateurisme" convaincant et souvent bénévole au sein des bibliothèques, des écoles, des hôpitaux, des hospices, des crêperies et autres lieux réputés non prestigieux, le goût pour le conte est cultivé.

Cela permet le surgissement de festivals ou d'autres bénévoles se joignent à vous pour brûler leur adrénaline et leurs rêves. Alors quelques vedettes, toujours les mêmes car les programmateurs ne sont pas des aventuriers (mais qu'importe pourvu qu'elles content), viennent et sont largement payées de tout de ce que vous avez donné, de tout ce que vous ne recevrez pas car vous avez eu la chance infinie de participer. Et c'est ce qui compte, n'est-ce-pas, non ?

Vous étiez venus tenter votre chance, pour être entendus, vous faire connaître ?

Vous étiez venus rencontrer d'autres conteurs, échanger, vibrer ensemble ?

Vous étiez venus parce que vous avez besoin de fric et que vous espérez un jour vivre de votre passion ?

Vous étiez venus croyant être au moins respectés, remerciés ?

Dommage : les festivals capables d'offrir cela sont rarissimes ! A bien y réfléchir c'est normal : nul employeur qui n'envisage pas de vous rémunérer , qui vous reçoit sur le pouce et jongle avec les créneaux horaires, ne vous ouvrira une porte ou créera une communication entre conteurs qui ne se connaissaient pas encore. Ailleurs, au bout du monde, quiconque agit ainsi est soupçonné d'exploitation éhontée voire d'esclavagisme. Mais chez nous, en France, c'est une horreur abolie en 1794 (puis resupprimée le 4 mars 1848), alors ce n'est pas ça. Mais c'est quoi alors?

Amies conteuses, amis conteurs, que le conte continue de vous habiter malgré tout cela, comme nul ne renonce à l'amour ou à la liberté même si des crimes sont commis en leur nom. Que vivent le conte et les conteurs pour notre grande joie !

* Des "pépites d'or", pour Marie Odile

Je ne parlerai pas des grands spectacles, d'autres le feront mieux que moi, mais des pépites d'or offertes quotidiennement à un public assidu au hasard des scènes ouvertes et découvertes.

J'aurai voulu avoir plus de trois oreilles et deux paires d'yeux pour ne rien perdre du spectacle que nous a offert La Compagnie de la 3ème Oreille au Magic Mirror, un groupe au seuil d'une grande recherche généreuse et tellement belle : la correspondance entre la langue du conteur et le langage des signes et la musique. Un moment de grande émotion. Ils étaient très très beaux, tous les trois, à voir, à entendre. Qu'ils soient aidés dans leur recherche, soutenus dans leur conviction que l'on peut jeter des passerelles entre la langue orale et la langue des signes si vivante, si expressive des mal entendants.

J'ai aimé dans les histoires d'Hélène Mallet la subtilité, la délicatesse, les silences, les non-dits, l'attention et la grande tendresse dont elle entoure ses personnages. Il en résulte une sorte de sérénité. Sarah, Héloïse, P'tit Jean, si fragiles qu'ils soient, rencontrent un jour, les forces de la vie.

J'ai admiré avec quelle maîtrise du récit et des mots JeaNine Druesne nous a emmenés de la banalité de la vie quotidienne évoquée avec la sureté de trait d'un Maupassant à la tragédie grecque la plus pure. Les ados, devant moi en avaient le souffle coupé. Quelqu'un derrière moi a crié Bravo, et mon voisin de droite s'est penché vers moi pour me dire : "C'était juste, c'était sobre, c'était beau !".

J'ai beaucoup aimé tant d'autres histoires et de conteurs !

Bruno Jouet-Pastré : "J'y crois pas!", un vrai conte tout en référence avec l'actualité, sans lourdeur, sans leçons.

Jean Marc Derouen et son fossoyeur qui connaît les petites préférences de chacun de ses morts. Le conteur prend le temps, avec beaucoup de naturel, de nous installer à côté de son héros dans un univers qu'il nous ouvre.

Rémy Chapelain et Sophie Houen

Un geste, quelques mots et avec André, on embarque dans une fantastique histoire de chaussée engloutie sous la plage du Moulin Blanc : le rêve, le délire, la conviction d'André ne nous quittent plus. Les mots, les gestes nous conduisent de surprise en surprise, c'est juste, gai, enlevé ...
Dans l'histoire de Marie-Bernadette, le trait devient mordant. Mais toujours on se laisse entraîner par le rire et le rythme. Un spectacle tonique.

Pour Martine Quentric-Séguy, le cadre horaire impitoyable de Mythos a cassé la magie. Heureusement nous avons pu la retrouver à l'Arbre Bleu où ses histoires si prenantes ont pu se déployer à leur rythme, nous apportant tout l'enchantement, le raffinement, la sagesse et la malice de l'Inde. Des histoires pour rêver et pour vivre !

Et tous les autres que je n'ai pas vus .. quel regret !

Dans la cour des grands je dirai que j'ai aimé la vitalité et le naturel d'Estelle Caliop.

Michel Hindenoch, les mots me manquent pour traduire mon émerveillement.

Et Gérard Potier continue à nous parler de notre histoire avec émotion, humour et cette fois je dirais presque avec une petite note d'optimisme. Son spectacle c'est quelque chose comme, nous sommes tous des rescapés de nos affreux traumatismes de l'enfance mais nous sommes encore vivants, nous vivons !
Un regret, un espace insuffisant au Magic Mirror pour diffuser, propulser toute son énergie : les spectateurs du premier rang se sont sentis submergés voire agressés par cette énergie trop proche.

Extraits des Mots Dits de juin 02

* L'apc, en tournée dans l'Orne

Par ce bel après-midi ensoleillé, j'ai sauté dans ma twingo-carosse et, "fouette cocher!", suis partie vers l'Orne, par l'autoroute.

Comme d'habitude, j'avais le trac. Un ami prétend que c'est le signe du talent, j'aimerais y croire pour que tous ces écrasements, brûlures et autre souffle coupé prennent un sens, sinon plaisant, du moins positif...

Je suis arrivée à Nogent le Rotrou, lieu où j'étais logée, deux heures avant le rendez-vous pris avec l'organisateur. L'hôtelier qui a été averti qu'il recevait une conteuse m'interroge entre la surprise et la consternation: Conteuse? C'est intéressant ça! C'est une profession ? Je pense sans le dire :"Ma Doué, ça r'commence ! " Il m'a cependant économisé le "Ah vous comptez ? vous êtes comptable en somme ?" récurent. Non, ni comptable, ni compteur (quelle que soit la couleur), ni comtesse ni contente (encore que !) ni comptoise!

Après une explication sommaire qui, à voir son sourire semble éclairer ma situation, je me retouve clé et digicode en main. Chambre 7, comme les nains, les femmes disparues de la Barbe Bleue, les jours de la semaine ...

L'organisateur arrive 5 mn en retard. Il a la poignée de main chaleureuse, le sourire d'un enfant pris en faute, et ne cessera de s'excuser jusqu'à l'heure où il me reposera à l'hôtel. Pourtant, quelle gentillesse, quel intérêt, quelle participation ! Mais les lutins ont décidé de se jouer de lui : il a réservé pour le dîner dans un restaurant de charme? le restaurant est fermé! Il m'entraîne au bistrot du prochain village ? la salle est retenue pour une soirée entre hommes (!) . Il cherche le Moulin de Basse Roche ? nulle lumière à l'horizon !

Enfin les lutins ayant suffisamment ri, nous montrent un chemin plus que discret avec lumières au loin. Et si c'était le logis de l'ogre? Non, miracle : c'est le moulin et son succulent repas gastronomique que nous devons abandonner avant les fromages et dessert. Cela m'évitera de m'endormir en scène.

Arrivé à Condé sur Huisne de nuit, nul chat rôdeur, aucun habitant visible, seul le bar est brillant et bruyant. Le tenancier nous explique que la bibliothèque est fermée "à c't'heure" mais nous en indique le chemin. Nous arrivons pour installation à l'heure à laquelle j'aurai dû commencer . Pour le trac, c'est impeccable : il bat tous les records même si je tente de garder le sourire ...

Mon mentor est désolé mais si gentil, si prévenant que j'aurai mauvaise grâce à lui tenir rigueur de la situation. L'auditoire est là déjà assis, une partie pleine d'attente, l'autre dubitative. Je peux lire dans leurs yeux : "mais qu'est-ce que je fais là ?" et "une conteuse, ça fait quoi au juste ?"

La conteuse conte. Alors les visages deviennent attentifs, rieurs, tristes, émus. Quand le dernier voyage s'achève, tous restent dans un grand silence. Un instant de panique m'étreint, je les regarde et ce que je vois est superbe : ils sont là parce qu'il est impossible de se quitter ainsi. Le moment de silence devient lumineux, un instant de communion. Puis des mains viennent serrer les miennes, des visages pleins d'amitié s'approchent, des "mercis" sur les lèvres. Deux journalistes aussi émus que le public semblent ne plus vouloir me quitter, là où je serai demain, ils viendront disent-ils. Un verre de l'amitié est échangé, presque tous sont restés et les questions fusent : "Il y a longtemps que vous faîtes cela? Pourquoi? Où ? Il y a beaucoup de conteurs comme vous ? "Une vieille dame avoue: "Je viens de découvrir le conte".

Après toute cette chaleur, toute cette douceur, je dors comme un loir. Viennent le matin et son marché sur la place, le midi avec son escalope à la crème dans le petit café où les habitués trouvent une forme de famille insouciante et tolérante, l'après-midi au soleil dans la campagne tout autour du château sur sa butte.

Frédéric Girard arrive à 18h25 pour la demie: pas question de revivre la course d'hier soir ! nous arrivons à 18h50 au restaurant. Une jeune dame espagnole nous réjouit les papilles, elle a un gentil sourire inquiet et demande si nous sommes contents. Nous apprendrons qu'il n'y a pas longtemps qu'elle s'est lancée dans l'aventure. Est-ce possible qu'ici les gens soient tous chaleureux, talentueux ? C'est pourtant ce que j'ai vu.

L'accueil à la bibliothèque de la Madeleine Bouvet est simple, spontané, enjoué, je crois revenir chez des amis après une longue absence. Des contes, encore des contes et trois rappels menés avec énergie par une petit Jasmine qui pleure quand finalement je m'arrête. Les grands osent dire en souriant ou en baissant les yeux : "Ben, on la comprend". Les deux journalistes sont là, l'une à titre privé, l'autre avec son appareil photo. Il me sert la main comme si je lui avais rendu son enfance. La blibliothécaire propose de me raccompagner à l'hôtel mais Frédéric ne lâche pas sa conteuse. Après les gâteaux, le mousseux, les questions, les adieux, il me ramène à Nogent le Rotrou et nous parlons longtemps avant de nous quitter : Il a tant de questions, tant de vie, tant de projets !

Au matin, j'ai repris mon carrosse et la route. Je suis venue conter, j'ai vécu un conte. Merci l'APC de m'avoir proposé d'aller dans l'Orne.

Martine

* Au CLIO, de l'acrobatie sans filet à la prouesse rétrospective ...

Ça commençait plutôt sans risque : il y avait un lieu, le CLIO à Vendôme, des dates, juste avant Noël, des stagiaires toutes conteuses, un titre, "Quel genre de conteur êtes vous? Contez-vous vraiment le répertoire qui vous convient ?", et un conteur pour mener le spectacle toute la semaine, Pascal Quéré. Mais c'est là tout l'art de la voltige : à peine dans les airs, on est saisi par l'élan inattendu du mouvement, par la pirouette de dernier moment. Dès les premières minutes, tout le monde a su que ce serait du grand art, sans filet.

D'abord, ambiance tendue à l'arrivée au CLIO : Pascal n'était pas comme convenu à l'arrivée du train. Consternation. Puis on sent qu'autre chose pèse, et quand le café dénoue les langues, on comprend que 15 stagiaires étaient espérées, seules 5 sont inscrites, jusqu'à la veille Pascal et le CLIO jouaient à chat sur la corde raide : j'annule?, t'annules pas?
Les bons artistes savent faire oublier leur travail ? On est là, 5, le stage n'est pas annulé. Soupir d'apaisement rétrospectif ... téléphone !! C'est Pascal, très détendu dans le micro, l'interlocutrice à l'air un peu idiot avec son nez rouge de colère. On a des devoirs en l'attendant, puisqu'il arrivera, il le dit, juste le temps de prendre le train. C'est qu'il nous jette direct en short sur la piste, pas le temps de faire ouf ou de brouillonner dans notre coin, vu qu'il nous file à distance un exercice, pas dégonflé : "listez les éléments et rencontres de votre vie qui vous ont amené à devenir conteuse (ben ouais, on est 5 et 5 filles) et cherchez à les symboliser par des personnages ou des situations qui pourraient apparaître dans des contes : on en fera une histoire". Soupir, résigné cette fois.

Mais quand on croît que tout est perdu, qu'on va se ramasser platement par terre, hop, nouvelle pirouette. Cette fois c'est la documentaliste du CLIO qui déboule, un brin en désordre : "Qui a pris rendez-vous avec le groupe du lycée agricole? Qui a prévu de répondre à leurs questions sur la symbolique des arbres dans les contes? " Personne. Re-consternation dans les rangs du CLIO.
Alors là, ça tombe pas mal, ou plutôt non : pirouette donc. D'abord, je n'avais pas envie de faire l'exercice-joker de Pascal sans Pascal. Ensuite, parce que c'est un de mes sujets de travail depuis un an.
"Tout est bien" répètera plus tard Pascal Quéré à qui veut l'entendre en parlant des (nombreux) stages qui anime. "Tout est bien, toujours, utilisable, ça n'arrive pas par hasard ...". S'il le dit .. en tout cas, j'aurai toujours gagné ça dans la semaine : un résumé improvisé et nécessaire sur les arbres-symboles dans les contes. Et une biblio en prime, bricolée vite fait sur le gaz. "Tout est bien". Donc, j'accueille le groupe au lieu de plancher sur mes fantômes de personnages. Fastoche.

Arrivée de Pascal, 14h, au son des "aaahhh" de satisfaction et des applaudissements. Silence de l'orchestre. L'artiste blanc, sous le chapiteau, prend une inspiration ... Il nous la joue sincère : "J'avais prévu un stage à 15, du boulot en sous-groupe, quelque chose de très collectif, à 5 ça change tout. Ca va être de l'impro." Tout est bien ... Je crois que c'est dans ces circonstances qu'il doit exceller dans son art pour guider son petit monde. Il marche à l'intuition ce gars là, à l'instantané, à l'inspiration subite à la fragilité cueillie sur le fil ... Epuisant sûrement, mais quel travail d'attention étonnant ...

Ce serait gageure de résumer chirurgicalement cette semaine de légèreté, d'instants subtils, de plongeons dans le vide. A feuilleter l'album photos sur le vif, il reste quelques portraits, quelques poses mémorables, la trace d'élans à toute force.

Le premier soir, où l'on oublie tout, où Pascal nous filme "en gloire", dans ce que l'on fait de mieux. Et sur la page d'à côté dans l'album photo, le petit matin déconfit où l'on commente en douceur. Quelques beaux clichés, lumière du soleil sur les profils, où chacune assise par terre sur le plancher du CLIO crée à petit point la broderie du conte de sa vie, ou de sa vie de conte. Les photos parlent un peu, par bribes de sons : "ton début n'est pas solide, il faut une situation d'équilibre, et quelque chose de très fort qui la rompt, où l'enjeu est vital. A la fin, tu dois retrouver cette situation d'équilibre, enrichie. Entre deux, quelques épreuves, rencontres, pas trop mais bien articulées. Précise chaque lieu, chaque détail de ton film...". Elles ne sont pas mal nos histoires, lumineuses et crues...

Un autre film encore, un autre soir, où l'on joue en costume à faire les reines. L'air de rien, Pascal tisse son affaire, consolide nos personnages .. Il y a aussi 5 scènes avec un portrait de face, les projecteurs blancs braqués dessus. Pascal a remplacé le travail de groupe prévu par un cours particulier pour chacune. On le voit à l'oeuvre, concentré à l'extrême, cherchant en ce peu de temps à comprendre qui est en face de lui, où va le conte et la manière de le dire. Il voit les noeuds, les nomme, trouve la mise en scène qui les dénouera, les déjouera .. L'une à ce moment là, explore sur la pointe des pieds l'envers du rideau en fond de scène. L'autre porte une pile de coussins vertigineuse et multicolore, un unique coussin blanc à ses pieds .. La troisième, alanguie dans des soies orientales, belle et brillante comme une reine de carnaval, s'évente avec un couvercle de fromage ... Rien dans ces poses n'est pourtant grotesque, les visages sont pleins de secrets révélés par ces images étranges. On y lit surtout la fragilité mise à nu, la carapace en carton pâte bien commode jetée à terre, un univers de manières de faire possibles qui s'ébauche.

Sur le fil, Pascal joue avec les personnalités, tout en le sachant, il joue sans filet. Il parie gros, démonte sans trop remonter, l'autonomie nouvelle des candidates-conteuses est à ce prix, à l'heure du bilan, chacune compte ses bleus, énumère les sauts périlleux réussis et ceux qu'elle espère. D'autres se taisent plutôt, vu que les mots d'avant semblent soudain vides de sens. La veille du départ, spectacle pour une petite quarantaine de vendômois, à l'image de la semaine. Plein d'élan et de surprise, de bonne humeur, de moments fragiles, de belle lumière et de convivialité.

On reprend le train KO dans le petit froid. L'une conte le soir même à Paris, une autre le lendemain à Rouen. Pas le temps d'épiloguer sur les bobos et les incertitudes, y a plus qu'à y retourner, en mieux.

Catherine

* Pantoiseries brestoises ...

ou les tribulations de Maëlle au bout d'la terre, partie gaiement un jour au festival, revenue pantoise le lendemain... avec un vrai roman-feuilleton sur son voyage...

Chouettos ! Je vogue su'l quai de la gare la crête au vent, J'peux même me payer le luxe de sourire aux contrôleur, j'ai mon billet et j'ai même pousser le vice à interpeler les contrôleurs :

- Pourriez-vous m'indiquer la voiture 15 je vous prie ?

Ça les a laissé pantois ! Ça tombe bien me dis-je, c'est comme ça que je les aime les "leursleurs", pantois et inoffensifs. J'adore les pantoiseries .. ce que je ne savais pas, c'est que se serait le maître mot de ce tour de conte. Ça pour pantoiser, ça pantoiserait sec ! à tout va, à tout rompre ! Du "pantoisage orgiesque", d'la péripétie au kilomètre ... enfin bref, la zone comme d'hab !

13h15, j'arrive en gare de Brest . J'avais trois choix : Lucie Catsu, Pierre Delye ou Rachid Akbal. N'en connaissant aucun, j'opte pour le plus près du centre ville : Lucie Catsu, bibliothèque Neptune.

Je me présente fort poliment aux bibliothécaires :

- Bonjour, je m'appelle Maëlle Sopena, je viens conter chez vous ce soir ... je désirerai voir le spectacle de Mme Catsu.

- Vous avez la réservation ?

- Non, je ne savais pas qu'il en fallait une! (c'est vrai !), je peux en prendre une maintenant ?

- Non, c'est complet !

- Et pour les autres spectacles, il faut une réservation ?

- Oui, et maintenant c'est complet !

La dessus, la bibliothécaire vacque à ses affaires sans plus s'occuper de moi.

Merde, me dis-je, je vais devoir faire mon roumain :

- S'il vous plaît madame, je ne savais pas, je viens de Rennes, on a pas eu les programmes à temps ...

Je sors l'argument choc :

- Je dois faire un papier sur Madame Catsu, vous savez, pour les Mots Dits !

Ce disant, je me compose une tête dépitée avec la petite lueur d'espoir au fond des yeux et tout le tremblement. Au bout de cinq minutes, elle me lâche :

- Attendez, je vais demander à quelqu'un.

Une tierce personne a déboulé . Et là, j'en remet un coup à la roumaine.

Heureusement, au deuxième tour la meuf acquiesce :

- Bien, nous allons nous arranger ... on va vous mettre dans un coin avec les enfants...

Elle fait bien, me dis-je, car je me sentais pas loin de faire "mon barbare", c'est plus plaisant à jouer.

Je demande la permission de déposer mon sac dans un coin de la bibliothèque, on me l'accorde ...

Je demande à voir la salle où se déroule les festivités, on me l'indique ...

J'ouvre la porte et ........ OH OH OH , quelle surprise ! la première phrase qui m'est venue en tête c'est :

Whoua !, spacieux ton placard à balai , mais dis-moi, elle est où la salle ?

Mais fort civilement, j'ai dit :

- Z'êtes sûr c'est là ?

- Oui, m'assure-t-on.

Fichtre, me dis-je, ça va être coton !

Ça l'était . A mon grand étonnement, ils ont réussi à caser 50 gamins dans "la salle" et moi avec. On était tout serrés et on crevait de chaud, d'autant que la conteuse était accompagnée d'un homme-orchestre-xylophonique qui bouffait plein d'espace à lui tout seul. Enfin, le spectacle commence.

Le texte était drôle, original .. mais je trouvais que la conteuse contait fade .. les personnages manquaient de conviction.

Zut, me dis-je, j'ai du tomber un mauvais jour, elle a pas la frite la meuf... Je décrochais un peu de l'histoire et contemplais la salle :un cube sans fenêtre , pas de doute, me dis-je, à l'origine, c'est une remise ...

Heureusement que le musicien était là : il tapotait de temps en temps sur ses cymbales, car sinon , la chaleur aidant, j''étais pas loin de faire la sieste ... Quand tout à coup, un minot à lunettes s'est mis à interrompre la conteuse :

- Ouais, là, ça va être pareil !

On était à un passage de l'histoire qui a mon goût, manquait de suspense. Les coups étaient prévisibles .. je n'étais pas seule à l'avoir remarqué ...

- Ouais, là aussi ça va être pareil !

Le minot avait tout bon à chaque fois. Je jubilais. Quel public intelligent !

La conteuse a alors suggéré des hypothèses pour la fin de l'histoire.

Ça a été le ponpon ! Le minot lunetté nous a improvisé une version totalement délirante bien plus intéressante que la version contée ..

Je jubilais. Quel public ! Sympathique ! Imprévisible ... de la balle atomique...

Aussitôt je décidais en mon for intérieur, que je conterai devant des tas de minots à lunettes et qu'on s'éclaterait .

Et le spectacle se termine ...

.. après les spectacles pour enfant de l'après-midi, dans la vie du festivalier, se profile logiquement, l'apéro-conte dans un bar sympa à "la musique qu'on aime", voyons voir pour Maëlle ...

Je demande s'il y a des apéro-contes de prévu. Non.

Y-a-t'il d'autres spectacles à voir dans la journée ? Non.

Donc, il y a eu trois spectacles en même temps et après plus rien jusqu'au soir ...vachement malin, me dis-je.

Je demande si les conteurs amateurs brestois zonent dans le coin ... mais aucun d'eux n'est là ...

Qu'à cela ne tienne, me dis-je, j'vais me dégotter un rab sympa et j'vais faire mon apéro-conte tout seul.

Une question me taraudait.

Le spectacle de ce soir a lieu dans la même salle ? Oui.

Je pantoisais sec : Jeanne Ferron dans un placard à balai, ils sont à la masse à Brest?

Je m'étais dit : la tendance actuelle est au mercantilisme, soit. Ces gougeats ont refilé un placard à balai à Catsu, soit. Rien d'étonnant à cela, elle est jeune, pas encore connue ... le gougeat standard ne se donne pas la peine de lui témoigner des égard. Mais, Mme Ferron ? Conteuse réputée ?

Et ben, y a une certaine justice dans leur gougeaterie : la Ferron, au placard ! comme tout le monde ! J'ultra-patoisais ... fichtre! Ils sont culottés.

Enfin, en tout cas, j'ai une mission apéro-conte à assurer, partons en quête du rab qu'est cool.

J'arpente les trottoirs de Brest ... c'est foutrement laid, par contre, les gens prennent leur temps pour vous indiquer les rues, on a pas l'impression de les déranger, un bon point me dis-je.

L'oeil aux aguêts, je m'apprête à accoster la première tête un peu fêtarde, un peu zonarde, un peu louche qui viendrait à passer... ça court pas les rues !

Enfin j'avise quelqu'un. Une espèce de néo-bab (pas très convaincant comme marginal, m'enfin, quand y a pas le choix !).

- Dis-moi, y a un bar r'n'roll dans le coin ? ou alors un bar techno ?

- Un bar techno, je sais pas,(m'étonne pas, y sont toujours archaïques les babs), mais y a un bar r'n'roll où ils passent des concerts. Il m'indique la route, c'est loin.

Enfin j'y arrive, "L'Arizona café" rue Jean Jaurès, fermé !

Putain de saloperie de babs, me dis-je ...

J'avise un autre keum : crane rasé, lunettes de soleil, habillé tout en jean, genre homo-branché.

Nickel, me dis-je, lui sera de bon conseil !

- Mais c'est pas ici qu'il faut que tu ailles, ici c'est mort ! le poumon de la ville c'est le quartier St Martin. Va au Derestroïka, c'est là que tout se passe, me dit-il avec un sourire entendu.

Il m'indique la route, c'est loin. Je me paume à moitié. Mierdasse, me dis-je...

Tout à coup une voiture passe à côté de moi et j'entend bien distinctement : boum! boum! boum! Tchac ! Kreuw ! Tchac !

Putain, d'la techno et de la techno hard-core, en plus !!! Je cours après la bagnole, fais de grands gestes au chauffeur, il freine, je tambourine au carreau :

Oi, mec descend ta vitre !

Il rit et me renseigne : c'est pas loin effectivement deux rues plus loin et j'avise la belle enseigne lumineuse : Derestroïka . J'entre :

be bop a lula, Elvis !!! Quoi ça be bop a lula ? Il est où le caractéristique boum! boum! boum! technoïdal ?

J'apostrophe le patron, il a l'air sympa :

- dis-moi, j'débarque à Brest, j'me rencarde sur un bar tech, on m'indique le tien, je rentre et c'est Elvis qui joue, Serait-ce une blague ?

- Non, me dit-il, c'est bien ici, on a des DJ qui mixent mais on ne fait "techno" que le week-end.

- Sans blague, et le lundi tu fais quoi ? musette ?

Le gars rigole.

Un bon point, me dis-je, il a de l'humour. Je cogite : y a sûrement moyen de faire l'apéro-conte ici mais le bar est un peu désert : trois personnes.

Du coup, je 'm' prend un café calva. Il a pas de calva. Mauvais plan, me dis-je, j'prend un cognac et me rencarde sur un bar qui fait techno toute la semaine.

Le "Bruit défendu", c'est pas loin. Effectivement, c'est à côté. Je rentre, m'attendant à voir des bonnes têtes : crânes rasés, tatouages, piercing, chiens et tout le tremblement... et ooooooooh !

Ambiance tamisée, boiseries et moquette style jazzy friqué ..beurk !

La musique accentue le malaise : une espèce de merde sirupeuse qu'ils te passent quand tu prends l'ascenseur pour aller chez ton médecin. Misère ! j'avise les clients du bar, quatre jeunes étudiantes bien clean, bien mises, affreux ! A gauche, y a un mec tronche de "premier d'la classe", et au centre le barman, qu'a même pas une tête sympa. C'est pas possible, je me suis plantée de bar ! j'demande au barman où je peux trouver un bar un peu hard-core. Il m'indique le fameux Derestroïka !

Ils ont un sens de l'humour spécial à Brest, me dis-je.

En tout cas, l'heure avance et c'est pas là que je vais faire mon apéro-conte. Je retourne chez be bop a lula.

- Dis, ça te dérange si j'raconte une ou deux histoires dans ton bar ?

Il accepte, on baisse la musique et me vlà partie... je n'avais que trois spectateurs mais ils s'intéressaient à l'histoire.

A peine je termine que le patron me ramène un double cognac.

- Pour la conteuse, me dit-il.

Et nous voilà de sympathiser, et voilà mon public et le barman de me payer des coups. Vers la fin, j'ai zappé le cognac au profit du café, s'agit pas de conter bourrée dans le placard à balai.

Je retourne donc à la bibliothèque, mais j'ai trente minutes d'avance; j'avise un rab moche genre PMU avec une clientèle plutôt vieille dedans. J'entre et...

Ooooooooooooooooooooooohhhhh!... Les rifts hardeux D'ACDC ! ACDC chez les vieux ! Brest est une ville étonnante, me dis-je.

Je raconte un peu mon périple aux autochtones, on sympathisent, et vlà que les autochtones me rincent la gueule. Décidemment, quelle ville accueillante, me dis-je.

Enfin, c'est l'heure du spectacle, je fais mes adieux à mes nouveaux potes ...

La pantoiserie finale me guettait au coin de la rue. Jeanne Ferron dans un placard à balai, ça va être sport !

Dernier round, vous croyez ? vous ne connaissez pas Maëlle, mais la soirée conte va enfin pouvoir commencer avec la Jeanne, puis le tour de conte ...

Ça l'était : ils ont réussi à caser une trentaine de personnes serrées comme des sardines en boîte avec la chaleur et tout et tout. Jeanne Ferron conte TRÈS vivant, et donc a besoin d'espace sur scène.

La pauvre, c'était vraiment sport. De plus, une certaine distance est nécessaire entre elle et le public, car sinon, ça enlève le chouette côté visuel qui lui est propre.

Elle s'en est bien tirée, mais on sentait bien qu'elle était gênée. Je maudissais les bibliothécaires.

Et le spectacle se termine...

Nous devions, nous les amateurs, passer en deuxième partie de Jeanne Ferron .... ce qui à mon avis est une sacrée bourde.

Il s'est passé ce qui devait se passer : la moitié de la salle s'est barrée pendant l'entracte ... des amateurs pensez donc, ce doit être nul ! ... Et nous n'étions que deux amateurs pour ce tour de conte !

Je demande alors à la bibliothécaire si nous pouvons disposer d'une petite demi-heure chacun.

- Non, me répond-elle catégorique, ça serait trop long pour les gens, dix minutes chacun ça vous irait ?

La moutarde me monte au nez, de quoi, Rennes-Brest aller-retour pour conter dix minutes dans un placard à balai ! ça fait cher les dix minutes : je contiens à grand peine une bonne tirade de barbare. Avec une petite note persiflante, méprisante dans la voix, j' explique qu'après tous ces kilomètres, dix minutes, ça fait léger (l'autre conteur venait des Monts d'Arrée). Elle nous cède à regret cinq minutes de plus chacun ! J'en fais part à mon acolyte, le voyant un peu flippé, j'essaie de le mettre à l'aise et je lui demande s'il veut passer en premier. Il s'appelle René, il a la soixantaine et l'air sympa.

Il a les foies ... et oui, il veut passer en premier.

- Tu as raison lui dis-je, inutile d'attendre que la pression monte encore plus.

Il nous fait une petite histoire breizh-trad, la voix vibrante d'adrénaline et d'émotion. Il est beau. C'est beau quelqu'un qui se donne et qui dépasse sa peur.

Le public est content, ils ont l'air d'aimer les histoires du coin. Vient mon tour ...

Moi aussi j'en ai des histoires bretonnes, mais quitte à être dans les pantoiseries, je leur fait "Arlette et Léon". C'est tout juste si je voyais pas les points d'interrogations se dessiner au dessus de leurs têtes.. Ça pantoisait sec, c'était drôle à voir.

Voilà, la deuxième partie du spectacle est finie ... Il est 23 heures ...

Et comme promis, la suite des tribulations de Maëlle à Brest même, qui a encore ... : un petit blème à régler : l'hébergement".

(Je m'étais dit que je pourrais squatter chez un conteur de Brest, je pensais pas qu'on serait que 2 ! De plus le gars retournait illico dans les Monts d'Arrée ...)

Y avait bien une auberge de jeunesse, ... à 4 kilomètres , qui fermait à 10h et qui coûtait 90f la nuit. Bigre, c'est reuch ! en fin de mois comme on se trouve ! Tant pis, pas le choix ... je fais mon clochard :

- Jeaaaaannne, t'es venue comment ?

- En train

- Merde ! Ben, en fait, je sais pas où dormir, si t'étais venue en caisse, je t'aurai demander si je pouvais squatter dedans, j'ai mon duvet avec moi, et pis ça aurait fait échange de bon procédé : toi t'es sûre de pas te faire chourer ta caisse, et moi je peux dormir.

Je balance toute la tirade bien fort, les bibliothécaires sont à côté et j'espère vaguement qu'elles vont me proposer de squatter quelquepart mais non , rien ne se passe.

Jeanne Ferron reprend :

- T'as pas de thunes pour te prendre une chambre à l'hôtel ?

-Ah non, déjà j'étais limite pour l'auberge à 90 f...

- Comment tu vas faire ?

- J'ai improviser un apéro-conte c't'aprem dans un bar sympa, ils m'ont indiqué un autre bar où ils jouent des concerts jusqu'à 4h du matin ...ça peut être une piste, j'croiserai peut-être des fêtards sympas et j'aviserai.

- Mais tu vas te faire violer !

J'éclate de rire !

- T'en fais pas, j'ai squatté des quartiers chauds en Hollande et en Angleterre, c'est pas ici qu'on va me faire chier.

Ma tirade ne fait aucun effet... je vois bien qu'elle s'inquiète toujours.

- Je peux te prêter 200F et comme ça tu vas à l'hôtel... tu me rendras ça plus tard.

- T'es malade ! dis-je, c'est contraire à l'honneur punk! je peux pas accepter. T'inquiète pas, la survie en milieu urbain, n'a pas de secret pour moi depuis longtemps, je suis grande et je peux me débrouiller.

Là Jeanne change de méthode, elle me prend les mains et d'une voix maternelle ...

- Ca me ferait plaisir si tu acceptais.

La saleté, elle est maligne, elle essaie de m'avoir à coup de sentiment.

- Non, c'est contraire à l'honneur et je ne puis.

Elle est déçue. J'allais lui proposer de lui envoyer une carte le surlendemain pour lui prouver que j'allais bien et qu'il ne m'était rien arrivé. Ils sont pénibles avec ça les "cleans", ils s'imaginent toujours que "la rue" c'est la fin du monde, quelle bande de néophytes !

C'est alors que la "chef" bibliothécaire ne pouvant ignorer plus longtemps nos palabres, s'avance vers moi. Elle prend un petit air faussement interrogatif :

- Vous avez un problème d'hébergement ?

(C'est fou ce qu'elle joue mal !), je peux vous conduire à l'auberge de jeunesse.

- Ils ferment à 10h !

- Attendez Mme Sopena, je vais les appeler.

(Fais chier, je me dis, il me reste 100 F, après avoir payé leur chambre il me restera 10F. En plus, j'avais mangé que le matin avant de partir et je commençais à avoir la dalle : mieux valait m'acheter un casse-dalle et boire une bière avec les autochtones).

- Ils sont d'accord si on arrive dans 10 minutes

(Décidemment, c'est trop cher et puis j'ai faim, Il faut que je refuse, j'irai voir au bar, ça sera mieux)

- Dites-leur que ....

Jeanne Ferron, subitement soulagée, sourit, sécurisée ... Le même regard que maman poule quand elle sauve son fils de la noyade ...

Je clapote :

- Dites-leur ... qu'on arrive dans 10 mn.

(Merde, putain, je me suis fais eu. J'en reviens pas !)

Jeanne est ravie, mais je sens que je fais une connerie.

... J'avais senti juste : le type de l'accueil, tronche de 1èr de la classe, me balance en belle face que c'est une fleur qu'ils me font car ils ferment plus tôt à cause des S.D.F. qui tentent de monnayer les chambres moins chères et même des fois, gratis, me dit-il, outré. J'ai envie de le mordre. Il m'indique ma chambre, je fais un tour dans la turne, y a personne ... c'est la mort. Tout le monde est couché ! Tête à claques m'explique d'un ton qui se croît autoritaire :

- On libère les chambres à 10h et j'insiste, il est formellement interdit de fumer dans les chambres.

T'as le droit d'y croire, me dis-je.

Je dépose mon sac et zone dans la turne. A un moment, j'aperçois de la lumière. Il y a 2 keums, 2 tronches de 1er d'la classe, décidemment, c'est une manie...

- Bonsoir ... j'arborre un sourire sympa.

- Qu'est ce que vous faites-là ?

Ils commencent à me gonfler tous ces vigiles en herbe

- Pourquoi tu me demandes ça ? T'es le surveillant du club ?

- Non, mais ça peut faire partie de mes fonctions.

Ma parole ! ce crétin se la pête à donf !

- T'inquiète ! j'ai payé la nuit, je venais juste pour dis cuter, mais finalement, je vais me coucher.

Quelle bande de fachos ! Sitôt dans ma chambre, je fume ma clope en complotant un petit tour à jouer : demain à 11h, je serai encore dans la chambre et, si Ducon 1er vient me faire chier, je sors du lit à demi à poil histoire de le mettre à l'aise et mossieur devra attendre que je m'habille, que je me maquille, et tout, et tout. Nierk ! Rira bien qui rira le dernier.

Aux alentours de 9h30, musique. Dans tous les couloirs, des hideux chants grégoriens... ATROCE !

La méthode est redouta ble : malgré mon désir de vengeance, je vide les lieux. Il est déjà trop tard pour le p'tit déj: je fais encore le coup du roumain, j'ai trop faim, la cuisinière est sympa, elle me donne le ptit déj...

Et voilà, les pantoiseries brestoises touchent à leur fin... pas tout à fait cependant. Le lendemain, coup de teléphone chez moi : c'est Guy. Je lui conte l'histoire par le menu, il est estomaqué ! "Tu sais Maëlle, je leur ai téléphoné pour qu'on vienne te chercher à la gare, je leur ai demandé de faire le nécessaire pour ton hébergement et si possible pour la restauration ..."

C'était là la pantoiserie finale. Brest, c'est bien pour se prendre une cuite à l'oeil, mais si t'es conteur amateur, passe ton chemin : zéro pointé pour le tour du conte, mais par contre, pour la pantoiserie, ils sont drôlement fort à Brest. signé Nierk! Nierk!

Extraits des Mots Dits, fév-mars et avril-mai 02

* Cet Arbre Bleu là du 10 novembre ...

On aurait pu l'intituler : Entre Deux Mers, un p'tit verre et divers autres ... et de l'un à l'autre, en tout blanc tout honneur.

L'honneur de Jude récemment disparu qui donna tant au conte. L'honneur de tous ceux du village, englouti par les flots, celui de Nol, amoureux d'une baleine, celui de Jean sûr d'avoir été demandé en mariage par une tortue pleurtuise . Thierry, JeaNine et Rémy, Nora, Charles : des voix, des émotions, du rire, du chant, pour une première partie qui tenait haut le bastingage.

Et bastingage, c'était bien le mot qu'il nous fallait pour nous accrocher aux voyages du Baco* tombé sous le pouvoir des mots.

Des quais de Nantes aux océans et de sirène en reine, derrière Baco nous avons sillonné le monde des mers et autour de Lola au torchon blanc baroudeur et de son accordéonniste nous avons écouté.

Voix et musique, musique de voix, la mer aussi était là - je me suis même levé pour la voir.

Bref, le conte des contes nantais que vous avez peut-être manqué vous qui me lisez. Dommage. Rendez-vous à la Péniche, ou ailleurs, qui sait ? Faut maggiquement le souhaiter.

Ambiance 4 plumes au cabaret des mots.

L'Oiseau Bleu

& encore ...

Un tonneau à gauche de la scène, au centre un fauteuil de bois digne de Neptune, Dieu des Mers.

Deux femmes font vivre cette histoire, la conteuse Anne-Gaël Gauducheau qui joue Lola, serveuse de tavernes portuaires, nous racontant Baco, et la musicienne accordéonniste (entre autres) Dominique Galland.

Lola est une femme de la terre, ancrée dans le sol, tablier autour de la taille. Elle nous propose un verre de blanc et nous invite à écouter l'histoire de son Baco de Nantes.

Enfant, Baco écoutait rêveur, face à la mer, les histoires racontées par Lola, dont celles de la Morgane, sirène envoutante qui vous lie à la mer à jamais.

Et puis Baco s'embarque pour l'océan et vivre l'aventure des marins. Lola reste à terre et avec l'amour de ces femmes des ports , elle raconte l'histoire de Baco, sa rencontre avec la Morgane ....

Moi j'étais là, j'ai suivi Baco dans ses péripéties. J'ai vu sa passion pour la mer et puis cette peur qui s'insinue: la peur de la mer.

Les images étaient dans la bouche et dans la musique de ces deux femmes; dans la musique, parce que loin d'être un simple support, la musicienne fait le spectacle avec la conteuse.

On sent ici un spectacle accompli et une réelle complicité. Elles ont installé des ambiances dans cette salle : ambiance des ports avec accordéon et chant, océan avec le baton de pluie, échos des voix des deux femmes, jeux de rythmes entre les sons, les espaces, les personnages ....

Bref, un monde s'installe, on y croit et c'est tant mieux.

Eh! Laine

* Baco de Nantes,
de et par Anne Gaël Gauducheau et Dominique Galland à l'accordéon
un spectacle de la Cie La Lune Rousse, 64 av. de Cheverny, 44800 St Herblain

 

* Galloween, un p'tit air d'chez nous

La voilà de retour sur ses terres, la Samain, après quelques siècles d'oubli chrétien. Mais elle a bien changé, à peine si on la reconnaît encore avec ses citrouilles illuminées et ses sorcières à balais. Avec ça qu'elle ne porte plus le même nom, Halloween qu'elle s'appelle maintenant, suite à un mariage d'argent avec un certain SAM .. enfin, elle pête la forme et fait du chiffre, c'est l'essentiel, jamais la tradition locale n'aura affiché pareille santé que depuis qu'elle nous revient des Amériques.

Au départ la Samain n'était pas une quête de bonbons extorqués aux gens sous la menace de mauvais sorts. C'était une fête solaire, une porte solsticiale, celle de l'hiver dont on célébrait le passage comme un voyage symbolique dans l'autre monde, par des rites aux morts. La religion en a fait la Toussaint, mais c'était un remake pour étouffer l'original. Cette fête avait son pendant solsticial au printemps quand la lumière jaillit des ténèbres avec les feux de Beltame. C'est donc une très vieille tradition celte qu'Halloween réveille sous ses faux airs anglo-saxons. On ne pouvait décemment pas laisser baptiser nos traditions d'un nom barbare, c'est pourquoi "Les Jardins de Brocéliande" ont rendu la fête au pays gallo grâce à un jeu de mots délicieux : Galloween.

La soirée développait tout un programme de contes, de danses et de rites qui n'étaient pas sans rappeler, tant leurs tonalités propres se ressemblaient, l'esprit des Bréciliennes, fête de la St Jean, initiées en Juin par André Ronceray. Les Jardins, plongés dans la nuit, découpaient leurs ombres fantomatiques sous la lune pour dessiner des décors terrifiants, parfaitement adaptés à des histoires de revenants, de korrigans et d'ankou. Les conteurs entraînaient le public par petits groupes de trente personnes, à travers des méandres de fourrés, d'étangs, d'oeuvres d'art et de basse-cours. Aux détours des chemins apparaissaient dans des clairières illuminées de surnaturel, une embarcation de korrigans, la charrette pouvoyeuse des morts ou les lavandières de la nuit, toute une réalité d'étranges évocations où les cruautés de la vie se confondent à l'imaginaire breton.

Dans la cour, on avait allumé un grand feu, et tandis que les musiciens de la Parbatte animaient le bal au son des bombardes et des binious, les conteurs de l'APC ont achevé leur randonnée d'histoires sur les tables du bar. Maëlle et JCB s'y sont donnés à coeur joie d'histoires qui font rire et grincer des dents et Charles a conclu le programme avec une chanson de circonstances, célébrant la Samain sur un air de révolution. Curieux mélange à la vérité, mais après tout, c'est peut être le ton à donner aujourd'hui aux créations traditionnelles pour rappeler aux déracinés que nous sommes devenus, qu'en dépit des contingences économiques et sociales, l'homme reste libre au fond, comme au premier jour de la Création.

Plume de Bois

Allo ! Vous avez dit Galloween ?

Super ! à recommencer, à peaufiner, à préciser mais à refaire ; en somme : de nuit, du conte en BD.

Je m'explique : une histoire, une image, une histoire, une image et aujourd'hui en mémoire, les belles illustrations de pleine nature : des lutins qui me parlent pour la première fois de ma vie, des anaons qui se balancent, des lavandières de la nuit, l'ankou .. pour de vrai, comme si j'y étais, BRRRR...

& le repas, les musiciens, la pleine lune, le feu, et tout et tout ...

Lania

& un grand merci aux conteurs pour leur contribution à ce beau succès de la part des Jardins de Brocéliande. A l'année prochaine ?

 

* Un vrai conteur, une histoire d'improvisation ?

J'ai remarqué que le thème de l'improvisation revient assez souvent dans les conversations des conteurs et conteuses. Mari d'une conteuse, j'en ai été le témoin plusieurs fois.

On pourrait à l'occasion distinguer l'improvisation-création de l'improvisation-bouée-de-sauvetage qui supplée aux trous de mémoire. Il arrive qu'elles se rejoignent, mais il faut reconnaître que ce n'est pas souvent le cas ... Dans les discussions, c'est surtout de l'improvisation-création qu'il sagit.

Il est à peu près évident que le conteur a une liberté par rapport au texte, que n'ont pas le comédien ou le lecteur (public). Un peu comme le musicien de jazz comparé au musicien classique. Et une liberté pose toujours un problème : "Comment en faire bon usage ? " Les conteurs n'ont certainement pas fini d'approfondir leur réflexion là-dessus. Et comme c'est passionnant de voir des gens réfléchir ensemble, j'assisterai encore à ces débats avec intérêt.

Mais je suis quelquefois étonné par le ton catégorique et véhément de certains propos: "Je ne raconte jamais un conte de manière identique". Et de là on glisse rapidement à "un vrai conteur ne doit jamais ... "

L'ouverture sur une liberté se referme sur une obligation, se transforme en critère de sélection du "vrai conteur".

Permettez-moi d'abord de donner un point de vue d'auditeur : ce qui compte, c'est la justesse du ton, cette parole à la fois fluide et précise qui fait qu'un conteur n'est pas n'importe qui. On se doute bien qu'il y a un travail derrière tout ça, et il n'y a pas de honte à tra vailler . Le bonheur du mot juste qui arrive au bon moment, c'est de l'improvisation la première fois. Faudra-t-il à tout prix trouver autre chose la prochaine fois ? Il est souhaitable que le conteur retrouve cet état d'esprit qui fait qu'on assiste à une re-création. Qu'il repasse par les mêmes mots ou pas est assez secondaire : une parole libre et vraie n'est pas nécessairement une parole improvisée. Je me demande même comment - dans cet état d'esprit ouvert - certains peuvent être si sûrs de ne jamais repasser par les mêmes mots.

J'ai eu l'occasion de voir un "artiste" (catégorie "music hall") interrompre le fil de son sketch pour réagir au rire d'une femme dans le public : petite connivence sympa, et ça repart. Quelques temps plus tard, je le revois raconter le même sketch : même gag au même endroit ! On peut réagir en se disant qu'on a été berné; qu'on nous a fait passer du surgelé pour du frais ; qu'on n'a pas été le spectateur privilégié d'un évènement unique. A la réflexion, on peut aussi saluer la classe, le talent, le boulot :

chapeau l'artiste !

En voulant défendre le vrai conte de l'âge d'or originel, je me demande si certains ne célèbrent pas (sans doute involontairement) les valeurs de la post-modernité triomphante: individualisme, culte de la vitesse, spontanéïté, créativité à tout bout de champ. Tout ce fourbi idélologique qui a l'air si "cool" au départ et avec lequel on sait si bien exploiter le monde du travail. La pensée unique, non merci ! Le conteur appartient à son milieu, à son époque, mais tout de même !

Toute improvisation n'est pas géniale ipso facto, et une improvisation mal maîtrisée - dans laquelle le conteur parle de lui ou fait de la "démago" par exemple - peut nous éloigner bêtement du conte. C'est sans doute à chaque conteur et conteuse de trouver son bon réglage entre improvisation et mémorisation, et affirmations péremptoires, inspirées d'idéologie branchée, sont complétement hors-sujet. Une certitude au moins : Le droit à l'improvisation n'est pas une facilité offerte aux conteurs.

Au fait , pourquoi me suis-je mis à parler de tout ça ? Parce que j'ai lu par hasard un passage de notre ancien président F. Mitterand (un sacré conteur ... ) qui se terminait par :

"Bref, je crois aux vertus de l'improvisation. A condition que l'on sache que l'improvisation est un long exercice". *

Gérard Le Merdy

* Préface de "Si demain la gauche" de Gaston Deferre

Extraits des Mots Dits, dec. jan.02

Retour sur l'île de Vassivière en Limousin, "conte-rendu" du festival de la fin août ...

Le lundi 20 août, nous marchions sereinement sur les berges du lac de Vassivière:

d'un côté l'eau, de l'autre les arbres qui nous abritaient du crachin qui nous tombait du ciel. Quand, aux environs de 16h30, nous ne pourrions être plus précises car nous étions démunies de toutes formes de machines électroniques ou mécaniques donnant l'heure, bref, vers 16h30, un renard sortant des sous-bois nous a coupé la route à une vitesse fulgurante, nous a devancées et est parti droit devant lui à la même allure. Nous étions ébahies certes, mais nous ne nous attendions certainement pas à un autre évènement bien plus étonnant. Nous gardions notre allure nonchalante, découvrant un joli chemin de balade, touchant les arbres, les feuilles, écoutant les bruits du vent, des sous-bois. Et puis Stéphanie s'est approchée d'une souche recouverte d'une pelure rousse, nous étions amusées devant cette étrange perruque, Stéphanie a tendu la main et quand la pelure a bougé nous avons poussé un petit cri : c'était vraisemblablement notre renard pressé. Il a levé les yeux vers nous, a sorti de sous ses poils une énorme montre à gousset , a regardé l'heure d'un air satisfait puis a enfin tourné les yeux vers nous :

"Oui , c'est à quel propos ? "

La stupéfaction n'est rien à côté de notre impression à ce moment précis, mais nous nous sommes accoutumées très vite à ces étrangetés durant ce voyage.

Ce renard au ton péremptoire mais très bavard disait connaître LE CONTEUR personnellement, il nous parlait de promesse, d'aventure, de pommes, d'écureuil, de lièvre et d'une querelle dont il était sorti grâce à sa ruse supérieure à n'importe quel renard et "je peux le vérifier", disait-il à tout bout de champ.

Nous avons fait route jusqu'à l'orée du bois avec ce renard loquace qui ne cessait de regarder sa montre et nous rappelait étrangement le lapin d'Alice aux pays des merveilles.

Mais c'est sans retard que nous sommes arrivées sur l'île pour voir Koldo Amestoy, basque d'origine qui nous dit des contes de son pays: contes étiologiques, contes d'animaux, histoires cocasses avec beaucoup d'humour, d'espièglerie et de naturel. Et figurez-vous que Koldo nous apprend à la fin de ses histoires qu'il a lui aussi rencontré le renard sur sa route !

19h : retour sur les bords du lac à l'hôtel La Caravelle avec François Vincent. Une histoire de grenouille qu'on ne voit pas, qui veut tellement qu'on la remarque qu'elle boit toutes les mares qui lui tombent sous le nez.

Conteur sincère, François Vincent dégage de la bonhomie, de la bonne humeur, de la sensibilité et de la simplicité. Accompagné d'une guitare aux accents de blues, il nous emporte l'air de rien en compagnie de personnages naïfs comme "Biquette" ou le "Gars qui aime le jazz".

Le lendemain, lors de nos pérégrinations en stop, alors que nous avions perdu tout espoir, une voiture s'est arrêtée et avec au volant, devinez qui ? le renard.

Il nous a dit : "Surtout, ne ratez pas Rachid Bouali demain !"

Nous avons suivi son conseil.

Rachid Bouali est un conteur truculent capable de faire vivre une multitude de personnages : le cruel sultan Montherlant, le magicien Abdallah, le lièvre espiègle et la hyène manipulée. En plus, il raconte merveilleusement bien les histoires de Nasreddin.

Portrait : "Comédien ou conteur, je me situe dans la tradition des jongleurs, ces ménestrels nomades qui allaient de cour en cour, récitaient, chantaient et apportaient les dernières nouvelles tout en s'accompagnant d'un instrument de musique".

Au programme du vendredi : la journée des professionnels.

On dit que le renard a le nez fin, nous, on a eu les yeux plus gros que le ventre. De 9h30 à 18h, on a englouti du conte : une digestion difficile avec quelques bonnes surprises .

Nous découvrons avec Nathalie Le Boucher comment la danse, en l'occurence le Kathakali, danse d'origine indienne, se fait parole (ça nous a reposé les oreilles). En fin d'après midi,un peu somnolentes, Nicole Bockem nous sort de notre torpeur. En toute simplicité, elle nous raconte des histoires de femmes profondément touchantes.

Sonia Koskas et Suzie Ronel, deux femmes généreuses et drôles qui se donnent la parole à tour de rôle pour nous raconter des histoires d'esprits et de mauvais oeil empruntées à leur culture judéo-arabe et créoles.

Enfin, une bonne idée du conteur Iko Madengar et de sa signeuse Florence Davrout des histoires d'Afrique accompagnées de sa traduction inventive en langage des signes.

Le soir même, l'Arbre à Palabre d'Hassan Kassi Kouyate nous a peu enthousiasmées. Quand un invité surprise ..non, non ce n'était pas le renard mais Didier Kowarski: il monte sur scène et la magie s'opère : une petite histoire de puce et de pou aux allures burlesques et loufoques.

Dimanche, dernier jour : direction l'île pour découvrir un spectacle de la Cie Cirkatomic,la quincaillerie Parpassanton Frères et soeurs depuis 1936 et inventeurs de produits pratiques, esthètiques et uniques : à vous de voir.

On n'avait pas eu de nouvelles du renard, mais on l'a vu rôdé autour de la caravane des Parpassanton

L'abeille et eh! Laine

Extraits des Mots Dits,
lettre interne de l'association, oct-nov 01.

 

un apprenti-conteur en stage avec Catherine Zarcate

"C'est un passage obligé pour un conteur en herbe que d'affronter le regard des grands
et glaner leurs conseils éclairés."

... Catherine Zarcate n'est pas du tout ce qu'on dit. Cette femme est au contraire un trésor de gentilesse, de délicatesse, de compréhension, de compassion. Elle insuffle par son verbe pénêtrant la dynamique de la parole aux conteurs qui se cherchent .... Elle regarde, écoute, questionne, goûte dans un silence gourmand les saveurs qu'on lui sert.Car au-delà des apparences les mieux apprêtées, elle perçoit l'être dans ses prisons et touche toujours d'un trait pertinent la cible qu'on voudrait lui cacher.

Alors, de ses mains magnétiques, palpant l'air en larges brassées, elle conduit le conteur à naître à travers les méandres de ses contradictions, de ses peurs et de ses désirs, jusqu'à le réconcilier avec lui-même.

C'est du grand art, c'est de l'humain merveilleux, du suspens fantastique. Dans ces moments là, elle est dans l'autre, toute armée de sa puissance de guérisseuse et d'accoucheuse et l'on se fait tout petit devant ce combat magnifique, jusqu'à se confondre au silence. Et quand le travail est terminé, elle repose ses mains, sur ses cuisses comme un sorcier satisfait et s'écrie dans un grand rire de petite fille : "Oh, le beau bébé !".

S'il faut un mot pour définir l'art de conter selon Zarcate, c'est celui de "relation" qui s'impose sans concurrence. Relation à soi-même d'abord, à l'histoire qu'on va conter, à la nature aussi et au public. Le conte surgit de là, rien d'autre, toute la vérité est là. Pas besoin de se mettre dans des états spéciaux pour conter, il suffit simplement d'être soi pour entrer en vérité en relation avec les gens. La seule difficulté est de se bien connaître et de s'accepter, mais là c'est une autre histoire qui se résume si l'on veut d'un seul principe : "Ecoute le conte jusqu'à ce que la joie vienne".

Plume de Bois

"du rififi dans les labours"

Trouver son inspiration est parfois pas facile, mais aller à sa recherche peut se révèler carrément horrifique comme Jeanne Ferron nous l'a fait vivre.

Elle est arrivée tranquille, simple et revêtue de couleurs chaleureuses et, elle n'a pas tardé à nous faire entrer dans son univers particulier.

Mais il faut se méfier d'elle : les chaussures volatiles et l'épingle à cheveux redoutable, elle a la faucille facile. Elle a aussi une gestuelle personnelle que les mots ne peuvent suffire à souligner et qui la rapproche physiquement du terme "métamorphose" propre au conte.

Car, Jeanne Ferron c'est cela, des mots et des gestes pour des images qu'elle fait filer, accrochées les unes aux autres de façon décousue, affreuses (peau de rat sur lit de pâtes...), autant que rieuses (le cheval du prince).

C'est cela et c'est aussi ce moment tout autre qu'il faut savoir glaner pour écouter ce qu'elle dit : "Marcher sur ses racines, c'est pas évident !".

Des petites choses comme ça, il y en a plein chez Jeanne Ferron. Au bout de plus d'une heure de spectacle je l'ai sentie naïvement philosophe ou philosophiquement naïve et vraie, pleine d'une belle personnalité. Auprès du public rennais, elle a tracé son sillon beauceron bellement accentué.

Lania

C'était mardi 3 juillet, à la Péniche-Spectacle et pour les Tombées de la Nuit .

 

Extraits des Mots Dits,
lettre interne de l'association, juillet-août 01.